La famille et le mariage

La famille et le mariage tels que l'envisage l'Eglise Catholique aujourd'hui

Note sur la famille et le mariage tels que l’envisage l’Eglise Catholique aujourd’hui

Cette note est destinée à tous ceux qui veulent prendre du recul et de la réflexion, dans le contexte actuel très agité de l’avant-projet de loi du gouvernement sur l’ouverture du mariage aux personnes de même sexe. Elle vise à dépasser les passions de tous bords, et à retrouver une certaine sérénité, simplement en précisant et en contextualisant le regard de l’Eglise Catholique sur la famille et sur le mariage. Elle permettra peut-être de répondre à certaines questions, de lever certaines interrogations ou ambiguïtés sur les positions de l’Eglise. Elle aidera aussi à comprendre l’attachement de l’Eglise à la famille naturelle, en saisissant comment le regard de la foi chrétienne a éclairé l’anthropologie familiale au cœur de l’histoire. Chacun pourra ensuite se faire sa propre opinion.

 

Introduction

 

Tout le monde s’accorde à dire que la famille est le socle de la société, la première cellule sociale. C’est un sujet délicat, qui engendre des débats passionnés. Nous le voyons dans le débat sur le mariage pour tous. Pourquoi y-a-t-il clivage sur un tel sujet ? Parce que tout le monde est concerné. Sauf exception, tout le monde naît dans une famille, avec tout ce que cela suppose comme attentes, désirs, idéalisations, tensions relationnelles, blessures, fragilités, culpabilités et difficultés à s’y placer et à s’y trouver. Ça peut être dur, la vie en famille !

Pourtant, l’Eglise annonce que la famille peut aussi être une Bonne nouvelle. C’est en scrutant les Ecritures, et particulièrement l’Evangile, avec l’apport bénéfique des sciences humaines, que l’Eglise a pu progressivement se constituer un capital de sagesse et de réflexion autour de la famille, au cours de son histoire.

 

L’Incarnation : le Fils de Dieu naît dans une famille

 

Le regard de l’Eglise se porte d’abord sur la naissance de Jésus-Christ, qui est la figure centrale de sa réflexion. Par ce regard théologique, l’Eglise constate que Dieu a voulu se solidariser avec la famille. Le Fils de Dieu naît au sein d'une famille humaine, entouré d’un père et d’une mère qui s’aiment profondément. Il fait Alliance avec la famille, et il propose ce mode de fonctionnement relationnel au sein de la famille. C’est ainsi qu’il a voulu la promouvoir et la sanctifier, mais sûrement pas la condamner ni la stigmatiser. Et il le démontre précisément par l’Incarnation fêtée particulièrement à Noël.

A travers les liens tissés avec Marie et Joseph, le Christ rappelle que le capital dans une famille n’est pas d’abord sa richesse économique, mais sa richesse relationnelle. Certes, il faut lutter contre la misère économique et donner à la famille les moyens de vivre. Mais il est tout aussi urgent de soigner la dimension relationnelle entre ses membres : avoir des relations vraies et aimantes, où chacun est reconnu et où chacun a sa place, où chacun peut s’épanouir et se développer, en recevant l’attention, les soins et l’éducation qui lui sont nécessaires, des valeurs et une culture humaine qui ouvre sur l’autre, qui promeut l’échange et le dialogue, qui est bienveillante et qui favorise une profonde liberté dans une communion interpersonnelle. Le Christ invite à soigner ces relations et à les éduquer sans cesse. Car une relation n’a pas vocation à être simplement subie, mais elle se construit.

Il faut reconnaître que cette famille que Dieu a choisie pour son Fils, -appelée par l’Eglise « Sainte Famille »-, est un modèle un peu original; c’est précisément son originalité qui est intéressante. Jésus est le Fils de Dieu, la deuxième Personne de la Trinité, le Verbe fait chair. Seul Dieu est son vrai Père[1]. Joseph n’est donc que son père adoptif. Jésus le rappellera à ses parents dans l’épisode de l’escapade au Temple (Lc 2,41-52). Il tient à demeurer dans la vérité des relations, en préservant clairement l’accès à ses origines.

Mais le rôle de Joseph n’en est pas moins important : il assume la figure paternelle au sein de cette famille humaine. Et Jésus-enfant s’y soumet, comme le montre clairement l’Evangile.

Cette attitude dit quelque chose du plan de Dieu. En assignant sa mission à son Fils, Dieu tient aussi à respecter cette vérité anthropologique qu’il a lui-même instaurée (Gn 1,27-28), à savoir que tout être humain naît d’un homme et d’une femme, s’origine d’un père et d’une mère, et a besoin idéalement d’une figure paternelle et maternelle aimantes et exigeantes pour construire son identité et sa vie, notamment quand il est sous le régime exceptionnel et supplétif de l’adoption[2]. En respectant le schéma relationnel de la famille naturelle, -le registre symbolique[3] étant préservé-, en ayant le souci de révéler, au moment opportun, la vérité des origines à l’enfant adopté, ce dernier pourra dire au mieux, et tout au long de sa croissance : « papa et maman, je vous aime. » « Amour et Vérité se rencontrent, Justice et Paix s’embrassent » Ps 84

Faut-il le préciser ? Sans l’amour et la communion, la famille est invivable et la vie est un enfer, même s’il y a un père et une mère mariés. Jésus le dit explicitement. Car l’escapade au Temple n’est pas un faux bond de Jésus à l’égard de ses parents. Il rappelle que, pour alimenter le foyer familial d’amour, il faut être présent au temple, il faut se plonger régulièrement en Dieu[4]. Car la famille est composée de personnes qui ont, non seulement un corps et une psychologie, mais aussi une âme que la vie spirituelle nourrit. Et la famille n’est pas simplement féconde par sa vie charnelle, mais elle a à découvrir la richesse d’une fécondité spirituelle[5] qui trouve sa source dans la relation à Dieu aimant.

Le cœur de la réflexion croyante de l’Eglise est là : le don de l’Alliance, qui se traduit par un changement dans le mode relationnel de la famille, et qui se caractérise par la vérité de la relation, la qualité de cette relation, la place de la personne humaine au sein de la famille, et la protection du plus petit et du plus faible.

Et l’Eglise promeut la dynamique de l’Alliance au sein de la famille, autant par sa réflexion théologique que par son implication dans la vie sociale.

Que peuvent apporter les chrétiens aujourd’hui à la famille, sans stigmatiser qui que ce soit ? Ils sont d’abord invités à se situer dans ce regard de foi, avec cette certitude : Dieu est venu vivre en famille, pour la sauver, la guérir ; pas pour la condamner, même quand sa structure est fragilisée ou redéfinie. Celui qui souffre, quelle que soit sa situation, peut se rapprocher de la Sainte Famille. Il y est accueilli en son sein inconditionnellement. Il devrait l’être aussi dans une famille vraiment chrétienne qui vit l’Alliance.

 

Aujourd’hui : un tout nouveau contexte !

 

Dans notre contexte social, nous ne pouvons pas ignorer que la famille naturelle que l’on qualifie de traditionnelle n’est plus la famille que tous partagent. On parle de famille recomposée, monoparentale, homoparentale, et même polygame et polyandre.

Aujourd’hui, plus d’un enfant sur deux naît hors mariage, 1 mariage sur 3 casse (1 sur 2 dans les grandes agglomérations), plus de 30% des personnes en âge de se marier demeurent célibataires[6], preuve que l’Institution du mariage civil n’a plus la cote. D’ailleurs, depuis la Révolution française, le mariage n’est plus une Alliance mais un simple contrat. Avec un peu d’humour,  je dis toujours que, si on voulait être dans la vérité des symboles à la mairie, on devrait s’échanger des parchemins, pas des alliances.

Ceci dit, que l’Etat laïc - qui est aussi notre contexte - ait besoin de signes et de sens religieux pour donner de la valeur à ses actions, il n’y a rien à y redire. La religion a toujours été une vraie ressource pour donner du sens à la vie des citoyens. Elle est un apport civilisationnel incontestable[7] et reconnu par les pouvoirs publics.

Revenons à la situation de notre société. Elle est complexe. C’est une réalité traversée par des pensées, des cultures et des situations différentes. Et ce n’est pas facile pour le législateur d’y voir clair ! La société n’est plus homogène. Elle n’est plus chrétienne et unifiée. Elle est maintenant fragmentée, dominée par l’ultralibéralisme en économie et dans les mœurs, par la mondialisation des échanges, le développement des réseaux, la montée de l’individualisme et des particularismes, la désinstitutionalisation, le désengagement des individus, la perte du sens moral (qui est le sens de l’autre), la perte du sens du bien commun, de la justice sociale et de la gratuité dans le don, le désenchantement de la vie sociale et culturelle, une consommation effrénée qui est la cause de la crise écologique à travers l’épuisement des ressources naturelles.

C’est un fait : la logique du marché promeut l’ultralibéralisme dans tous les domaines de la vie. Et cette idéologie consacre la loi du plus fort sur le plus faible (la pression du plus médiatique sur le moins médiatique, du plus riche sur le plus pauvre, du plus performant sur le moins performant, du plus utile sur le moins utile, du plus mobile sur le moins mobile,  etc….). Ce bouleversement complet des valeurs et des relations manifeste un changement de civilisation : l’effondrement d’une civilisation humaniste au profit d’une nouvelle civilisation encore à venir. Par certains côtés, la fin de l’empire romain avec l’invasion des peuples barbares ressemblait à notre situation.

Bref, nous sommes en crise et les fondamentaux de la civilisation et de la société s’effondrent. Or, ce contexte social crée de la rupture dans tous les domaines, dans laquelle sont embarqués les individus, très souvent malgré eux.

Aujourd’hui les gens sont plus fragiles et plus perdus qu’avant, parce qu’il n’y a plus aucun repère clair. Gardons-nous bien de tout jugement hâtif et de toute stigmatisation ! Le Christ apprend à ses disciples à aider ceux qui sont blessés, pas à les condamner. Car tout le monde peut se retrouver un jour ou l’autre dans telle ou telle situation, tant les conditions sociales sont oppressantes. Face à cette situation, plus que jamais, la solidarité est de mise.

Mais le Christ invite aussi ses disciples à ne pas avoir peur : invitation à redécouvrir ce que l’Evangile a commencé à apporter de neuf dans ce monde, pourquoi il a réussi à traverser la fin de l’empire romain et les crises successives de l’histoire, et en quoi il est encore une bonne nouvelle à venir.

C’est là qu’il faut faire appel à l’histoire pour nous rappeler d’où nous venons.

 

Un regard bref sur l’histoire de la famille

 

Le judaïsme monothéiste et monogame est né au milieu de sociétés qui étaient majoritairement polythéistes, polygames et esclavagistes. Sauf exception, dans ces sociétés, les femmes n’avaient souvent qu’un statut de mineure, donc d’infériorité par rapport aux hommes. Elles étaient surtout considérées d’abord comme des génitrices pour assurer la descendance et le patrimoine. Les mariages étaient arrangés pour des raisons essentiellement économiques. Parfois, on adoptait tel ou tel enfant pour les mêmes raisons. Les enfants encore incapables de travailler étaient considérés juste au-dessus des esclaves, parce qu’ils étaient avant tout une bouche à nourrir. A Rome, le père de famille, le Pater familias, avait pouvoir de vie et de mort sur toute sa maisonnée : sur son épouse et ses concubines, sur ses enfants, sur ses esclaves, et sur ses animaux. L’enfant conçu ne devenait son enfant que s’il le reconnaissait. C’était à son bon vouloir. La filiation reposait sur le principe de l’adoption, et non pas sur la présomption de paternité. Quand il voulait se débarrasser d’un nouveau né qu’il ne voulait pas reconnaître, soit il le noyait dans le Tibre, soit il l’abandonnait devant la colonne lactaire, où l’enfant était livré à des exploiteurs en tout genre, qui parfois le mutilaient pour qu’il mendie mieux. Ces pratiques cruelles et barbares étaient culturellement admises. Le Pater Familias, c’était vraiment l’exaltation de la toute puissance masculine, avec tout ce que cela suppose comme violence et souffrance au sein de la société romaine. Au sens strict, il possédait les gens de sa famille ou de son clan comme une marchandise. L’empire romain était dans la logique sociétale du primat de la force et de la puissance (la loi du plus fort sur le plus faible), et du commerce.

Progressivement, le droit romain sur la famille et le mariage va subir des évolutions, notamment sous l’influence du christianisme. « Le nouveau droit de la famille est ainsi inspiré par les notions de tolérance, d’égalité entre l’homme et la femme, de pietas ou devoir réciproque entre parents et enfants, qui corrigent le concept ancien de potestas. Tous ces éléments se conjuguent pour donner à la famille un autre visage. On passe de la gens à la familia ou domus qui repose sur la parenté cognatique ou parenté par le sang dans les deux lignes paternelles et maternelles » (cf Histoire du droit de la famille, p.8, Marie-Hélène Renaut). Avec le christianisme, on passe du clan ou de la tribu à la famille.

A la suite du judaïsme, le christianisme, grâce à l’Evangile, va universaliser progressivement un nouveau regard sur la personne humaine. Son effort de réflexion théologique sur la Trinité et sur l’Incarnation lui a permis justement de dégager le concept même de « personne »[8]. Universalisant le concept de sa réflexion dogmatique vers sa réflexion éthique - tout être humain étant créé à l’image de Dieu-, le christianisme a permis à l’homme, à tout homme quelle que soit sa condition (universalisme), d’accéder pour la première fois de son histoire à la dignité de personne humaine[9]. Ainsi naît la civilisation humaniste.

Il a fallu beaucoup de temps et vaincre beaucoup de résistances pour traduire dans la société les conséquences d’une telle affirmation. Tout ce long travail d’humanisation a mis des siècles et des siècles pour imbiber la société occidentale. Il est loin d’être achevé. Et cela s’est fait non sans recherches et tâtonnements, non sans difficultés, non sans erreurs et reculs, trahisons et péchés, y compris de la part des membres des Eglises et de leurs clercs, non sans crise dans l’affrontement avec les gouvernants (ex : Henri VIII d’Angleterre) et dans les déchirures des Eglises entre elles[10]. On se souvient que Jean-Paul II avait fait œuvre de repentance au nom de l’Eglise Catholique au cours du Jubilé de l’an 2000 pour toutes les infidélités à l’Evangile commises dans les siècles passés[11].

Dans cette histoire, on soulignera le conflit permanent entre le droit romain,- qui est aussi une source du droit civil[12]- et le droit canonique, entre la vision païenne et la vision évangélique du mariage. Et le Code Civil Napoléonien trouvera un compromis politique sur ce sujet : on gardera le sens évangélique du mariage (l’Alliance), on reviendra à la forme romaine de la relation établie (le Contrat).

Malgré toutes les difficultés rencontrées, il est historiquement constatable que le christianisme a cherché à promouvoir de nouvelles relations au sein de la famille, au sein de la société et entre les nations. Il a permis les droits de l’homme. Il a promu l’éducation et la santé, surtout pour les plus faibles et les plus pauvres. Il a défendu et il défend toujours toute vie humaine qui est sacrée parce que faite à l’image de Dieu, du commencement à son terme. Bref, il a cherché à développer la famille naturelle fondée sur l’Alliance et l’égale dignité de chacun de ses membres, en exigeant que le plus fort se sente responsable du plus faible.

« Ce que vous avez fait au plus petit d'entre les miens, c'est à moi que vous l'avez fait ». Mt 25, 40

 

L’Evangile, une bonne nouvelle pour la famille aujourd’hui

 

Aujourd’hui, l’Evangile inspire encore largement l’idéal familial, première valeur défendue par nos concitoyens comme le montrent les sondages depuis des années. Et je crois que l’Evangile, malgré le recul de la foi et de la pratique, a une puissance incontestable d’inspiration humaniste et personnaliste, au-delà des frontières de la croyance. L’apport des sciences humaines s’avère aussi très intéressant, et enrichit l’apport éthique et symbolique de la lecture évangélique.

Dans une famille, idéalement - telle que l’Evangile et l’Eglise l’envisagent -, l’autre n’est plus l’objet de mon désir, et étouffer par lui[13]: il n’est plus l’esclave de mes attentes. Je ne le possède plus. Il est un sujet que je dois respecter et promouvoir. Il acquiert liberté et dignité.

L’homme et la femme sont donc dans un rapport d’égalité, de communion et de profond respect mutuel. Ils ont un devoir d’assistance mutuel. Ensemble ils donnent la vie, et ensemble ils en sont responsables en termes de soin et d’éducation. On ne sépare plus l’acte de procréation de la responsabilité parentale. La filiation repose désormais sur ce lien. La présomption de paternité reconnaît que l'enfant conçu ou né pendant le mariage a pour père le mari. Ce qui profite à l’enfant[14].

La conséquence : l’homme ne peut plus voir la femme comme un « ventre » dont il dispose arbitrairement pour assurer son plaisir, sa descendance et son patrimoine comme dans le paganisme. Il doit maintenant assumer ses actes, respecter son épouse, et éduquer ses enfants. Et la femme ne peut plus voir en l’homme qu’un géniteur ou un simple partenaire, mais un époux et un père responsable.

Enfin, dans cette perspective, l’enfant sait de qui il est issu, à qui il ressemble, et quelle est son origine. Il peut ainsi construire paisiblement son identité. Il s’inscrit dans une histoire familiale stable, et dans le cycle des générations. Il a une généalogie. Il peut alors se développer dans les meilleures conditions, parce qu’il se sent assumé et protégé par ceux qui l’ont engendré.

Autre point : le mariage monogame est fondé sur le réalisme et la richesse de l’altérité sexuelle, c’est-à-dire sur l’union possible et intégrale - corps et cœur-, entre un homme et une femme (Gn 2,24) qui peuvent donner la vie. Le cœur de ce mariage repose sur la qualité de la relation entre les conjoints, et la responsabilité partagée dans l’accueil de la vie[15].

Aussi, la fidélité dans le mariage est le garant de l’unité familiale. L’infidélité détruit le lien. Certes, elle peut être l’expression d’une fuite face à une souffrance réelle. Elle peut aussi révéler ce fantasme qui traverse tout cœur humain : celui de la domination fusionnelle et de la toute puissance narcissique[16], que l’on retrouve souvent dans la polygamie. On ne peut pas tout avoir, et il faut savoir renoncer à ses désirs destructeurs et déstructurants.

Comme le montre la psychanalyse - et c’est valable pour tout un chacun -, apprendre à limiter ses désirs, accepter la castration symbolique (Mt 19, 10-12), c’est-à-dire refuser de dominer l’autre[17] et le reconnaître comme son alter ego, c’est devenir adulte. L'homme, en dépassant le sentiment de toute puissance[18], doit consentir à ne plus dominer la femme. La femme devenue mère devra, à son tour, consentir à dépasser le sentiment de toute puissance à l'égard de ses enfants. Sinon, des blessures psychologiques graves seront engendrées.

Poursuivons. Comme je le disais, le mariage dans l’Evangile est plus qu’un simple contrat. Pour les catholiques et les orthodoxes, il est un Sacrement, c’est-à-dire une véritable Alliance conjugale de vie et d’amour indissoluble, qui se place sous le regard et l’assistance de Dieu. Cette Alliance devant Dieu et avec Dieu (Mt 19,4-6 ; Eph 5, 31-33) permet l’engagement pour toute la vie. Ce mariage-là est protecteur pour la femme et l’enfant, et finalement pour le mari. Il sécurise tout le parcours de l’existence. Il génère un climat profond de confiance et de libération, face aux aléas de la vie. Certes, l’accident est possible[19] ; mais il est moins fréquent. Aujourd’hui, statistiquement, si 1 mariage civil sur 3 casse, pour le mariage religieux, le rapport est de 1 sur 7. Le mariage religieux tient mieux, même dans un contexte très défavorable à l'unité familiale : car on est dans une alliance, pas dans un contrat. L’alliance est une donation sans clause. Le contrat par nature est une relation bordée de clauses sur lesquelles les contractants risquent de buter parce que les individus évoluent. La fragilité du contrat, ce sont les clauses implicites ou explicites qui caractérisent ce type de relation, et qui créent une pression : « Tant que tu es comme ci, tant que tu es comme ça, ça tient. Si ça change, soit on renégocie, soit on se quitte. »

Dans la mesure où la dynamique de l’Alliance est respectée et où les époux réussissent à surmonter les événements et les épreuves qui peuvent la briser, la qualité de la relation peut s’en ressentir. Aux fiancés que je reçois, je leur pose toujours la question: « Qui m’aime le plus ? Celui qui s’engage à mon égard ainsi : « je décide de t’aimer à l’essai (en CDD), sous contrat (en CDI), et après on verra parce qu’on ne sait jamais», ou celui qui s’engage de cette manière là : « je décide de t’aimer quoi qu’il arrive, pour la vie. » Et j’ajoute, en caricaturant un petit peu: « Le mariage à forfait déclare forfait. » Bien sûr, il y a parfois dissonance entre l’intention ou l’attitude intérieure qui peut revêtir la logique de l’Alliance et la forme qui peut être contractuelle. D’ailleurs la célébration du mariage permet souvent l’adaptation de la forme à la réalité de la relation. Ceci dit, il est clair que la manière dont est construite la famille en fonction de la relation créée dans le couple, influe sur les rapports qui existent au sein de cette famille.

Il est vrai que le choix de l’Alliance demande une grande liberté et une grande capacité à assumer son engagement et sa parole (un grand sens de la responsabilité). Mais ce choix est soutenu par la grâce de Dieu. Il n’est pas impossible puisque les générations précédentes l’ont largement plébiscité, -surtout les couches populaires-, et qu’il contient une dynamique de vie très forte. Oui, le chemin de l’Alliance rencontre les ornières et les cailloux de la vie, et les nombreuses évolutions dues à l’âge et aux conditions changeantes. C’est aussi un pari, une aventure, mais qui peut aboutir et accomplir une existence, sous le regard de Dieu.

Autre originalité apportée par la vision chrétienne : le mariage n’est plus une obligation sacrée et une contrainte pour tous, puisqu’il n’est plus l’unique projet de vie possible. Avec le christianisme, il n’y a plus de mariage pour tous. En effet, certains choisissent délibérément le célibat consacré (Mt 19,10-12), notamment les religieux. Par leur choix, ils rappellent à tous que la vraie liberté, c’est la maîtrise de soi par l’abandon de la toute puissance, pour assumer un projet de vie qui est au service d’autrui, et qui est consacré par Dieu[20].

Du coup, avec le christianisme, pour la première fois dans l’histoire, le mariage n’est plus le destin obligatoire pour tous. Et il devient pleinement conforme à la nature humaine qui suppose la liberté. Il devient effectivement un choix libre, la réponse à un appel de Dieu, une vocation ; et ce, précisément grâce à l'apparition de la vie consacrée[21]. Ce qui veut dire qu’aucun mariage subi, que ce soit pour des raisons exclusivement économiques, du fait de pressions sociales ou familiales, ou même pour des raisons personnelles, n’est valide aux yeux de Dieu et aux yeux de l’Eglise. C’est la liberté qui gagne.

Enfin, l’adoption a pour but premier de protéger l’enfant en lui assurant un père et une mère. Les droits de l’enfant abrogent le droit à l’enfant, comme le rappelle la Convention Internationale des droits de l’enfant. Car l’enfant n’est désormais plus l’esclave des adultes, ni de leurs désirs, ni de leur projet parental. Désiré, il n’est plus un dû, il est un don, et il doit être accueilli comme tel.

Voilà ce que l’Evangile a apporté et peut encore apporter à la famille et à l’Institution du mariage qui la fonde.

 

La redéfinition du mariage, une bonne nouvelle ?

 

En défendant la famille naturelle alimentée par l’amour de Dieu, l’Eglise sait qu’elle défend la structure la plus efficace pour permettre la stabilité du lien et donc le développement de chacun. Et plus il y aura ce type de familles dans la société, plus les familles et les personnes en difficultés pourront être soutenues.

Jusqu’à présent, dans le code civil, le mariage entre un homme et une femme avait aussi ce but là. Il me semble que le redéfinir risque encore de l’affaiblir, et suscite en tout cas beaucoup d’interrogations.

Même s’il faut savoir entendre la revendication, l’égalité invoquée pour l’ouverture du mariage aux personnes de même sexe n’a -à mon sens- pas de vrais fondements. Car dans les faits, le mariage civil n’est pas ouvert à tous, mais seulement à ceux qui peuvent l’assumer. Il n’est pas ouvert aux polygames, ou polyandres, à ceux qui demeurent célibataires[22], aux enfants (il faut un âge minimum : la majorité). Quant à l’interdit de l’inceste, il est un interdit anthropologique fondateur, et par conséquent il fait partie des empêchements au mariage. Toutes les combinaisons relationnelles ou familiales ne sont pas admissibles au mariage.

Et en cela il n’y a aucune discrimination[23], puisque la réalité du mariage repose sur la réalité de l’union possible et intégrale entre un homme et une femme qui seuls peuvent concevoir une nouvelle vie de façon pleinement bonne et responsable pour l’enfant engendré. Voilà comment se définit le mariage[24].

C’est peut-être une évidence, mais personne ne peut s’affranchir de sa condition sexuée d’être humain. Nous naissons homme ou femme. Notre orientation sexuelle qui généralement n’est pas choisie consciemment ne suffit pas pour s’affranchir de notre identité sexuelle. Etymologiquement, le mot « sexuel » vient du latin « secare » qui veut dire « couper, différencier ». Alors que nous sommes tous des personnes humaines égaux en droit et pleinement dignes, la sexualité crée une différence anthropologique dès le début de notre existence, et tout au long de celle-ci. Un homme n’est pas une femme et une femme n’est pas un homme[25]. Que dit cette différence qui limite chacun d’entre nous? Quel est son sens ? Pourquoi y-a-t-il des hommes et des femmes sur cette planète? Cette différence des sexes dit à chacun qu’aucun sexe ne peut se suffire à lui-même, et qu’il a besoin de l’autre sexe (Gn 2,18), et ce dans tous les domaines de la vie, et notamment pour transmettre la vie. C’est justement cette limite personnelle acceptée et intégrée qui invite et permet l’union conjugale, et qui est riche de fécondité, parce qu’elle reconnaît précisément la nécessité de l’altérité. L’identité sexuelle appelle l’altérité (l’autre sexe) pour engendrer. D’ailleurs c’est une pure fiction d’imaginer qu’un enfant puisse naître de deux hommes ou de deux femmes, et donc avoir deux papas ou deux mamans[26]. En imaginant cela, on n’est plus dans la réalité.

Autre point de réflexion. Si l’orientation n’est pas choisie consciemment, le choix de vivre en couple avec quelqu’un de même sexe est totalement libre. Et c’est heureux ainsi. Mais ne faut-il pas alors l’assumer en toute vérité? Donc si librement deux personnes qui s’aiment vraiment se mettent en situation de ne pas pouvoir engendrer, alors qu’il n’y a aucun handicap et aucune stérilité des personnes, pourquoi revendiquer le mariage ? L’Institution du mariage n’est pas d’abord la reconnaissance d’un amour particulier entre deux personnes. Il n’y a pas besoin de se marier pour s’aimer. Est-ce à l’Etat de valider la reconnaissance d’un amour ? C’est de droit privé, pas public. Et est-ce que les célibataires qui sont aussi en situation de ne pas pouvoir engendrer, qui peuvent eux aussi adopter, qui sont moins protégés que les couples, qui n’ont pas les avantages affectifs, juridiques et financiers (impôts) du mariage, accepteront encore cette situation qui paraîtra de plus en plus discriminante ?

Un fait : les Etats peu nombreux qui autorisent les mariages entre personne de même sexe enregistrent peu de mariage. En France, 95 % des PACS sont signés par des couples homme-femme. Pour quelles raisons les couples de même sexe s’engagent-ils si peu dans le PACS ? S’engageront-ils plus dans le mariage ? N’est-ce pas lié peut-être à la durée et à la stabilité même des couples[27]?

Autre question : en voulant redéfinir la parenté par la parentalité, on affirme avec force que la parenté biologique est finalement peu importante : l’important, c’est la parenté sociale. Est-ce à dire qu’une famille où il y a peu d’amour doit être privée de ses enfants pour qu’ils soient placés dans une famille où il y a bien plus d’amour ? Elargissons : est-ce à dire que si une famille économiquement et culturellement pauvre a des enfants, il serait préférable de les lui ôter pour les situer dans une famille à gros moyens ? Sur quoi ce fonde cette dépréciation de la parenté biologique, qui est le fondement de la vie ? Il faut plutôt dire : pas de parenté sociale sans parenté biologique ! Ce goût de notre société pour la rupture, alors que la vie est lien.

Dans l’avant projet du gouvernement, il était prévu de supprimer 148 fois le mot père et mère du code civil, au profit d’une définition asexué de la parenté. Finalement cet effacement est abandonné pour « un article qui laisse une faculté d’interprétation lorsqu’il s’agit de personnes de même sexe [28]». C’est déjà plus heureux, mais n’est-ce pas aussi la preuve que les députés ne sont pas très à l’aise avec une redéfinition de la parenté, et que les manifestations citoyennes importantes ont apparemment impacté sur leur jugement ?

Autre question : cette ouverture n’a-t-elle aucune conséquence pour la société? La ministre de la justice, Mme Taubira, a parlé d’un changement de civilisation. Peut-être que le mot est un peu fort, mais il y a quand même sur certains points un retour objectif au droit romain. Le droit à l'adoption[29] et surtout la PMA[30] consacre le droit à l’enfant, qui deviendrait la norme sur le droit des enfants. On ne part plus du bien premier des enfants. On part du désir des adultes à satisfaire (le plus fort), et qui conduit à faire de l’enfant (le plus faible) un objet auquel chacun aurait droit et non plus un sujet qui a des droits. Je rappelle que cela est contraire à la Convention Universelle des Droits de l’Enfant que la France a ratifiée. On reviendrait donc pour une part sur le régime de la reconnaissance et de la filiation[31]. Et l’égalité déjà réclamée par certaines associations du droit à l’enfant pour les couples masculins homosexuels, glisserait inévitablement vers la GPA (gestation pour autrui), asservissant à nouveau le corps de la femme, comme c’est déjà le cas aux Etats-Unis où la marchandisation du corps féminin est entrée dans les faits.

Autre question : peut-on demander à un enfant d’assumer une parenté qui repose sur une filiation fictive, puisqu’on ne naît pas de deux femmes ou de deux hommes. Certes, dans l’entourage proche, l’enfant pourra peut-être se raccrocher à une figure paternelle ou maternelle. Et il faut le souhaiter. Certes il faudra lui dire la vérité sur ses origines, car tôt ou tard il l’apprendra. Mais pourquoi alors inscrire définitivement sur ses papiers civils, qui le suivront tout au long de sa vie, qu’il est né de deux femmes ou de deux hommes? « Né de Patricia et de Delphine, ou de Gérard et de Christian ? » Est-ce qu’au cours de sa croissance, l’enfant ne se mettra-t-il pas en rébellion contre cette fiction, surtout si le couple se sépare ou se remarie? Et alors privilégiera-t-il le parent biologique ou le parent adoptif ? Et ses repères pour se construire ? Dans le cadre d’un divorce, nous mesurons déjà les perturbations et les difficultés que rencontre l’enfant, alors qu’il a toujours un père et une mère bien identifiés. Mais là, n’ajoute-t-on pas encore une difficulté supplémentaire ?

Autre question : à l’heure actuelle, pour 20.000 demandes annuelles de couple homme-femme, il n’y a que 700 enfants français adoptables. On sait déjà qu’à cause de cette loi, certains pays fermeront inévitablement les conventions d’adoption qui les unissent avec notre pays. Le nombre d’enfants adoptables va encore se réduire. Donc on ne peut pas dire que cette loi n’aura pas d’impact.

Qu’il faille protéger les enfants, permettre des délégations d’autorité pour régler tel ou tel problème de la vie courante, nous le comprenons, et la loi le permet déjà. Faut-il peut-être l’améliorer ? Sans doute. Comme dans le baptême religieux, on pourrait imaginer un parrainage ou un marrainage qui respecterait la filiation, et assurerait à l’enfant un soutien qui ne dénaturerait pas le sens symbolique de l’adoption. Cela ne nécessiterait pas de remettre en cause la vérité de la filiation et des relations, et, du même coup, de demander à la loi de valider une fiction.

Certaines personnes homosexuelles ne souhaitent d’ailleurs pas que cette loi en l'état soit adoptée, parce qu’elle ne correspond pas à la vérité de leur situation (cf L’homosexualité en vérité,  Philippe Arino).

Je le reconnais : nous n’avons sûrement pas suffisamment entendu la souffrance qui se cache derrière cette revendication. Et probablement n’avons-nous pas suffisamment aidé les personnes homosexuelles à trouver un chemin humanisant pour répondre à cette souffrance. Le besoin de reconnaissance (le coming out), le besoin de dignité et de protection, l’Eglise doit l’entendre et doit trouver à partir de l’Evangile un chemin pour ces personnes.

Essayons de préciser. Pourquoi cette souffrance ? Il me semble que la personne homosexuelle vit en elle-même -et sans faute morale de sa part- une contradiction objective entre son identité sexuelle et sa préférence sexuelle (ou orientation)[32]. Dans le parcours de la construction psychologique de la personne, il est bien difficile d’en connaître l’origine[33]. Cette contradiction[34], si elle n’est pas reconnue et assumée, peut conduire à une vraie souffrance, à une culpabilité effective et à une difficulté à se situer au sein de la société. D’où des revendications fortes qui peuvent surgir. Il faut aussi reconnaître la stigmatisation de ces personnes qui représentent une minorité (entre 3 et 6%) au sein de la population, et qui se regroupent pour se protéger de l’homophobie, parfois dans une logique communautariste.

Comment aider ces personnes ? D’abord le Christ nous apprend à les accueillir inconditionnellement. Ensuite il nous rappelle que toute souffrance peut déboucher sur une vraie fécondité spirituelle. N’y a-t-il pas déjà, dans la communauté gay, une vraie richesse artistique et intellectuelle, fruit d’une sensibilité qui naît peut-être aussi de la souffrance. Mais la fécondité spirituelle va plus loin. Pour cela, elle invite à se lier d’amitié avec le Christ, en accueillant les exigences relationnelles d’amour et de vérité qui naissent de la relation avec Dieu. Comme le montre Philippe Arino, une personne homosexuelle catholique,  il y a bien un chemin d’humanisation et de sanctification qui se dessine.

 

En conclusion

 

Il y a probablement des aménagements à concevoir pour aider les familles homoparentales à assumer leurs responsabilités, et les soutenir. Mais cela ne devrait pas se faire au détriment de l’équilibre social qu’a apporté le mariage, fondement de la famille naturelle.

Avec le christianisme en effet, on est passé du clan romain à la famille naturelle, héritage qu’on ne peut nier. Faut-il l’abandonner ?

Le mariage civil repose sur ce compromis politique entre le Droit Romain et le Droit Canon. Nous en vivons depuis 2 siècles. Le sens contenu dans les textes du Code Civil qui régissent le mariage civil est clairement emprunté à l’Evangile codifié juridiquement dans le Droit Canonique, même si la structure de la relation proposée dans ce même Code est bien de nature contractuelle. C’est toute la fragilité du mariage civil qui explique en grande partie sa baisse constante au profit d’une hausse constante du PACS, contrat moins exigeant et plus facile à mettre en œuvre et à défaire.

Le paradoxe est là : on veut le sens de l’Alliance qui est le cœur de la Révélation judéo-chrétienne – et la revendication du mariage pour tous confirme ce désir, et confirme la beauté et la force de l’Evangile-, mais on ne veut pas les exigences qui l’accompagnent pour la mettre en œuvre, pensant d’ailleurs -à tord de mon point de vue-, que le contrat est plus souple et plus libérateur, et qu’il permet peut-être plus de combinaisons relationnelles.

Comme pour le marché, on exige que la loi s’adapte à la demande, sans se rendre compte du glissement vers la perte de sens objectif, et donc vers la dénaturation et la dissolution progressive de l’Institution.

Sous l’influence de l’ultralibéralisme, notre société poursuit sa logique de désintégration du sens, du brouillage des repères, de désenchantement social, dont les plus faibles et les plus petits seront les premières victimes.

Soyons clairs : aucune civilisation ne peut se fonder sur une fiction et des valeurs aussi faibles. Ouvrira-t-on le mariage aux polygames et aux célibataires au nom du même principe d’égalité invoqué ? Si tout est mis sur un même plan, sans aucun esprit critique permis, on ne voit pas comment l’Institution du mariage pourrait continuer à faire sens dans la vie sociale de nos concitoyens. L’ouverture a bien une implication sur l’ensemble du corps social. Une telle question aurait mérité un grand débat et une conférence nationale sur la famille.

« Amour et Vérité se rencontrent, Justice et Paix s’embrassent » Ps 84

Nous avons peut-être la chance de vivre dans une famille stable. Est-ce que nous la mesurons ? Alors nous avons le devoir d’être attentifs aux personnes qui traversent des périodes de difficulté, et probablement ne l’avons-nous pas suffisamment fait ces dernières années. L’Evangile est capable de nous aider à trouver des solutions pour toutes ces personnes en souffrance, quelles que soient leur situation, peut-être déjà en vivant une profonde solidarité avec elles. Que nos familles soient toujours des havres de paix et d’accueil pour tous.

Je sais aussi que Dieu n’abandonne jamais personne, et qu’un chemin même sinueux peut devenir un chemin de salut et de grâce. Avec Dieu, personne n’est condamné à l’échec, et on peut toujours réussir sa vie en se donnant.

Quant à nous, chrétiens, tout en tenant fortement la main de ceux qui souffrent, annonçons la bonne nouvelle de la famille aux générations qui viennent. Elle est toujours possible.

Merci de m’avoir lu sur un sujet aussi difficile.                                                                        

Dominique THIRY+



[1]  Et Marie est la vraie mère de Jésus. C’est pour cette raison que, par la suite, le titre théologique de « Mère de Dieu » lui a été attribué, pour bien signifier qu’elle  a engendré la Personne du Verbe dans la chair, dans l’humanité. Il faut noter que la volonté de Marie de se consacrer à Dieu dans la virginité, comme l’indique le texte de l’Annonciation (Lc 1, 26-38) rejoint parfaitement le dessein qu’avait Dieu de s’incarner, et défendra parfaitement la Paternité divine de Jésus. La virginité choisie et assumée de Marie la protège aussi de l’accusation d’adultère, alors qu’elle est enceinte (Mt 1,18-25). Elle est la preuve que la conception du Christ est divine, et non le fait d’un homme. Son oui à Dieu respecte profondément son choix de vie. Ce respect inconditionnel de la volonté et du choix de Marie manifeste la relation extrêmement bienveillante et délicate de Dieu à l’égard de la femme, loin de tout paternalisme tyrannique et étouffant. Dieu est parfaitement Père, loin de l’image de certaines paternités humaines blessées. A travers le Christ il est venu les guérir et les réconcilier.

[2] Effectivement, même s’il faut le garantir au maximum et notamment en droit, tout le monde n’a pas cette chance de grandir avec son père et sa mère : l’orphelin par exemple, figure que Jésus assume. Pourtant c’est bien le projet de Dieu à l’origine, lorsqu’il crée l’humanité homme et femme et lorsque Lui-même s’insère dans cette humanité. Ainsi, même adopté par un père humain, l’identité de Jésus est mieux respectée et mieux protégée parce qu’il est intégré dans cette structure naturelle fondamentale, qui se nourrit d’amour et de communion.

[3] La dimension symbolique d’une réalité, c’est sa perception qui fait sens, et qui rassemble et unifie autour d’elle, à cause de cela. C’est une autre manière de parler de « vérité ». Dans ce cas précis, tout le monde peut affirmer : « tout être humain naît d’un homme et d’une femme, s’origine d’un père et d’une mère. » La conséquence logique de ce fait, c’est que tout être humain constitue son identité 1) à partir de la vérité de ses origines (d’où je viens pour savoir qui je suis, par qui et pourquoi j’ai été conçu, et en vue de quoi : recherche personnelle du projet de vie ou de la vocation), et 2) grâce à l’accompagnement -tout au long de sa croissance- de ceux qui l’ont conçu ou, à défaut, de ceux qui les représentent. L’adoption est une représentation symbolique du père et de la mère qui ont été à l’origine de l’enfant. Priver un enfant de cette représentation symbolique, c’est le mettre en situation de carence de sens dans la construction de son identité.

[4]  Peut-on dire que l’exclusion de Dieu de l’horizon social n’a pas de conséquences ? Elle peut au contraire expliquer, en partie, les grandes difficultés que nous rencontrons à l’heure actuelle dans le champ de la famille. Religion vient du terme latin « religere », qui veut dire « relier ». Une religion relie une population, une communauté par la foi en Dieu, en donnant du sens à la vie. La foi dans le salut rappelle précisément aux chrétiens que personne ne peut se sauver ou arriver à l’accomplissement de sa vie tout seul. Le développement actuel de la prière dans les foyers chrétiens est un signe intéressant de prise de conscience du besoin de Dieu.

[5] La grande Tradition spirituelle et mystique de l’Eglise, à travers ses grandes figures de sainteté qui ont été à l’origine des Ordres Religieux, parlera de cette fécondité en termes de paternité et de maternité spirituelle, et de renaissance dans l’Esprit.

[6] Les sociologues constatent que les personnes n’arrivent plus à se rencontrer.

[7] Qui peut nier, par exemple, que l’une des sources du Droit Civil actuel est le Droit Canonique de l’Eglise ? Il n’y a que les dictatures dans leur système idéologique clos qui croient pouvoir régenter la liberté des consciences, et donc le sens que chacun a à donner à sa vie, en prétendant expurger tout ce que la culture a mis des siècles à intégrer à la civilisation. La charte universelle des droits de l’homme de 1948 rappelle à juste titre en son article 18 que la liberté religieuse et la liberté de conscience sont la même et unique liberté. C’est cette liberté qui fonde la démocratie. La laïcité de l’Etat a pour but de la garantir, dans les limites de l’ordre public, pas de la manipuler, ni de l’affaiblir ou de la supprimer. Comme toute haine, l’anticléricalisme est à dénoncer avec fermeté !

De fait, l’Eglise Catholique qui, en tant que première religion de France, est une autorité morale avec d’autres, qui a contribué et qui contribue encore à la construction de notre pays – et, plus largement, qui a même des engagements à un niveau international -, a vocation à s’exprimer librement dans l’espace public au même titre que ses détracteurs. Faut-il le repréciser : c’est l’Etat qui est laïc et neutre, pas l’espace public. Aujourd’hui, ce droit est constitutionnalisé, et c’est heureux. Mais il nous faut demeurer vigilants à l’égard de toutes les atteintes portées contre ce droit chèrement acquis au cours des siècles, notamment vis-à-vis de certains intégrismes philosophiques et religieux de tous bords. Comme l’a rappelé récemment Gilles Bernheim, Grand Rabbin de France, à l’occasion des vœux du président Hollande aux représentants des grandes religions : « Beaucoup de Français ne perçoivent pas du tout ce que peut être l’intérêt d’une religion, sauf quand elle est polémique voire intégriste ». De ce fait, estime-t-il, il était nécessaire de rappeler « ce qu’une religion pouvait apporter à la France et la confiance que la France et les pouvoirs publics peuvent exprimer envers les religions ». Car « lorsque les religions expriment des revendications, ce n’est pas contre l’État, ni dans la préservation de leurs intérêts particuliers, mais pour nourrir la culture de la France. » » (Journal La Croix du 9 janvier 2013)

Dans le cadre de cette note, nous rappelons que l’Eglise Catholique était intervenue au plus haut niveau sur la manière inacceptable dont le gouvernement précédent traitait les populations « Roms ». Elle se réserve donc le droit d’intervenir quand un enjeu majeur et éthique se révèle au sein de la société française. L’Eglise Catholique est strictement apolitique. Elle n’est ni de gauche, ni de droite. Pas de récupération politique de la voix de l’Eglise qui est libre et autonome. Et ce n’est pas elle qui fait la loi. Elle ne le revendique pas. La loi est faite au Parlement. Elle invite juste les parlementaires et la société française à la réflexion et au débat, et participe de ce fait à l’animation démocratique et culturelle de la France. Comme l’a rappelé le pasteur Baty, Président de la Fédération protestante, dans le cadre du débat actuel, pour lui, s’il y a eu une « libération de la parole », il l’attribue aux prises de position des catholiques, mais pas seulement : « Tout le monde y a contribué, car il y a une période où dès qu’on énonçait une position, on était taxé d’homophobie. On ne pouvait se laisser confisquer la parole ainsi. » (La Croix du 7 janvier 2013)

[8] A Rome, on était soit citoyen, soit affranchi, soit esclave, mais pas « une personne humaine », puisque ni  le terme, ni la réflexion qui le sous-tend, n’existait.

[9] Il faudrait souligner aussi l’apport original de St Paul pour éclairer la question de la liberté de conscience.

[10]  L’Avènement de la Réforme induit un changement sur la perception du mariage : abandon de la sacramentalité, nécessité de l’accord des parents pour lutter contre les mariages clandestins, plus grande attention à l’éducation des enfants …. (cf La famille en Occident du XVI au XVIIIème siècle, André Bruguière et François Lebrun)

[11] Dans le cadre de cette note, il est impossible de retracer toute l’histoire de la famille et l’évolution du droit durant ces 2000 ans de l’ère chrétienne, avec ses avancées et ses replis, le développement du Droit Canon, la définition de la sacramentalité, la lutte contre l’infanticide avec les premiers orphelinats créés, le problème des mariages clandestins et la lutte pour la liberté des contractants contre le pouvoir des parents sur la décision du mariage (Concile de Trente), le problème du droit des enfants naturels, la lutte des régnants de l’Ancien Régime pour s’approprier le droit de divorce et pour redéfinir le mariage comme un contrat - solution qui sera finalement actée par la Révolution-, l’avènement de l’Etat de droit, la création d’un état civil, puis du code civil etc…

[12]  Avec ses conséquences, notamment en termes de recul du droit des femmes à partir du 16ème siècle : théorie de l’incapacité juridique de la femme. Même les Lumières sont encore dans cette perspective. Rousseau écrira par exemple dans Emile que « les femmes sont de grands enfants » (cf Histoire du droit de la famille, p.72-73, Marie-Hélène Renaut). Pour se marier, il fallait demander la main de sa future épouse au père de famille, qui exerçait la puissance paternelle….Il faudra attendre la la loi du 4 juin 1970 pour abroger la puissance paternelle au profit de l’autorité parentale, consacrant l’égalité homme femme dans l’exercice de l’autorité à l’égard des enfants.

[13] On souffre toujours à cause de ses désirs et de ses attentes, et du poids des désirs et des attentes des autres. Savoir adapter son désir à la vérité du réel est une porte de sortie heureuse, et finalement la possibilité de réalisation de tout projet humain.

[14] La Convention internationale des droits de l’enfant précise en effet que l’“intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale” (art. 3, § 1).

[15] Contrairement à des idées reçues (qui se confondent avec le jansénisme puritain, doctrine condamnée explicitement par l’Eglise Catholique), l’Eglise n’a pas une vision nataliste à tout prix. Certes elle invite les familles à la générosité, à l’accueil de la vie, et à un regard positif sur l’enfant qui vient : même s’il peut bousculer la vie (-et cela peut-être très angoissant-), l’enfant à naître n’est pas d’abord un drame, mais une chance pour la famille. L’Etat, les associations et l’Eglise ont bien sûr le devoir de soutenir la famille (et toute mère en difficulté), pour qu’elle puisse accueillir l’enfant dans les meilleures conditions. Mais l’Eglise invite aussi les familles à avoir les enfants qu’elles pourront éduquer de façon responsable. Elle prône donc la régulation des naissances, qui est une attitude responsable. Et elle propose les méthodes de régulation naturelle, parce qu’elles impliquent mieux les époux dans la gestion de leur fécondité et de leur relation sponsale (dialogue, respect du rythme féminin, meilleure connaissance de soi, intégration et maîtrise des pulsions sexuelles dans le projet de vie, valorisation de la qualité relationnelle dans un exercice plénier et régulier de la sexualité, en accueillant le plaisir qu’elle procure comme un don qui construit et qui est au service du bien des époux, et pas uniquement en vue de la procréation). Evidemment, il faut y être initié par un couple pilote (http://www.cler.net). Cela suppose une relation profonde de dialogue entre les époux, une grande liberté vis-à-vis de l’angoisse d’engendrer et une éducation à la sexualité, qui ne sont malheureusement pas l’apanage de tous les couples. Quelle que soit la méthode employée qui appartient à une décision du couple (régulation naturelle des naissances ou contraception, qui ont le même rapport d’efficacité d’après les études menées), il faut préciser d’emblée qu’aucune méthode n’est efficace à 100%, car la mise en pratique peut être défaillante. Dès qu’il y a union sexuelle, la vie peut donc se faufiler et s’imposer, malgré toutes les barrières qu’on y met. Selon le rapport récent de l’IGAS (L'Inspection Générale des Affaires Sociales), « 72% des femmes qui recourent à l'IVG utilisaient une méthode de contraception ».  « En outre, toutes méthodes confondues, la France présente déjà l'un des taux de couverture contraceptive les plus élevés au monde, selon le centre d'analyse stratégique. Pour les seules 15-19 ans actives sexuellement, 91,2 % d'entre elles bénéficient déjà d'une contraception. Les campagnes de prévention de l'avortement par la contraception semblent donc montrer leurs limites. » (Source Le Monde.fr du 25.10.2012 par Charlotte Chabas). En 2011, 11 670 IVG ont été pratiquées sur des mineures. Comme le rappelle le professeur Israël Nisand, gynécologue-obstétricien, avoir rendu l'IVG gratuite en France « n'est pas une raison pour penser que [l'IVG] ne fait pas de mal aux  femmes ».  (Sources :  Lepoint.fr 03/01/12). L’Eglise est opposée à l’IVG, non seulement parce qu’elle ôte objectivement la vie à un embryon humain -qui doit être considéré comme une personne humaine-, mais aussi parce qu’elle blesse profondément et psychologiquement la femme qui le subit, traumatisme d’autant plus grave chez une mineure. Elle prône l’apprentissage d’une sexualité maîtrisée et responsable par l’éducation, dès l’adolescence. Et elle fait le constat que la meilleure façon de la vivre est au sein d’un couple uni et accueillant à la vie.

[16] La foi confesse que seul Dieu le Père est tout-puissant. Elle invite donc le croyant à renoncer à la toute puissance, qui est la tentation originelle de l’humanité (Gn 3,5). Par définition, seul Dieu peut être tout puissant. Il est Dieu et il est unique (monothéisme). Il est le référent éthique universel, le socle de toute valeur humaine juste. Sa voix se fait entendre dans l’intimité de toute conscience humaine (Concile Vatican II, Constitutution Gaudium et Spes n°16), qu’il ait été reconnu ou pas. La toute puissance divine qui définit avec justesse la frontière entre le bien et le mal est au service du développement de l’humanité. C’est ainsi que la loi morale qui s’exprime par exemple dans les droits de l’homme a valeur d’universalité. Elle est comme un langage universel. Elle est au cœur de la possibilité même d’un dialogue libre entre les hommes et leurs cultures.

[17] Gn 3, 16 : le couple domination-séduction ou soumission-séduction marque la condition humaine, blessée par le péché. Le péché n’est pas simplement le mal entrevu par une conscience morale bien formée. Car constater le péché, c’est constater que ce mal commis crée une rupture injuste et douloureuse dans la relation. Le péché se comprend essentiellement dans le registre relationnel.

[18] Est-ce « cette dureté du cœur masculin » (Mt 19,8) qui expliquerait que 80 % des divorces, aujourd’hui, sont demandés par des femmes qui y ont maintenant accès? Sûrement que la réalité est beaucoup plus complexe. Elle mériterait d’être analysée.

[19] Depuis des siècles, l’Eglise prévoit la séparation de corps (qui peut déboucher sur une demande en nullité), notamment en cas de souffrances graves et de danger pour la vie de la femme. Elle n’était d’ailleurs accordée que si la femme en faisait la demande, exception faite pour motif d’adultère, qui pouvait être le seul motif invoqué par l’homme (d’où le conflit avec Henri VIII d’Angleterre à l’origine de l’anglicanisme). Aujourd’hui, l’Eglise peut reconnaître la nullité d’un mariage pour immaturité, pour dol (tromperie sur l’un des éléments essentiels du mariage), contrainte,  …. A l’heure actuelle, 80% des demandes en nullité aboutissent.

[20] Par la pratique des conseils évangéliques (pauvreté, chasteté, obéissance), c’est-à-dire par le renoncement à la toute puissance (Lc 9,23) qu’apportent la richesse excessive (Mt 19,23), une sexualité non maîtrisée (Mt 19,8) et l’exercice injuste du pouvoir (Mc 10,42-45), le religieux se rapproche de la vie sobre et heureuse telle que le Christ l’a vécue et telle qu’il la propose à chacun selon son état de vie. Il se fait aussi le soutien et le frère de tous ceux qui vivent la souffrance et l’exclusion. Il est présent sur des zones de fracture. Il faut rappeler la fécondité spirituelle des religieux, notamment celle du monachisme en Europe : développement de l’agriculture, des techniques, de l’architecture, des arts et des lettres, de la spiritualité, de la science, de l’université, des soins, des hôpitaux, …. Aujourd’hui encore, les religieux interviennent partout dans le monde, par exemple pour lutter contre des fléaux comme le sida : dans le monde entier, 27 % des hôpitaux qui s’occupent des malades du sida sont tenus par des religieux catholiques.

[21] Aux débuts du christianisme, l'ordre des vierges consacrées est le premier ordre qui a permis aux femmes d’échapper à la logique procréatrice imposée par la vision païenne du mariage.

[22] Y compris les célibataires avec charge d’enfants. Pourtant les familles monoparentales sont les familles les plus impactées par la pauvreté. Le Secours Catholique qui les soutient au quotidien en recense plus d’un million dans notre pays.

[23] L’idée que l’Eglise serait homophobe parce qu’elle s’opposerait au mariage de personnes de même sexe est tout simplement absurde. Le respect et la promotion de la personne est au cœur de son engagement et au cœur de l’Evangile qui l’inspire. Son refus de toute fiction est le meilleur rempart contre la désillusion amère. Elle serait dans les mêmes dispositions si un projet de loi ouvrant le mariage aux personnes polygames existait.

[24] Raisonnablement, pourrait-on redéfinir la conjugalité et le mariage en excluant la capacité d’union sexuelle des contractants? Ne confondons pas les jeux sexuels et l’union, les partenaires et les époux. C’est vrai que la richesse d’ailleurs d’une union n’est pas d’abord génitale. Elle est avant tout relationnelle. Mais elle inclut le réalisme et la bonté de la génitalité et de la corporéité. N’est-ce pas aussi ce regard sur le corps qui est en cause aujourd’hui? Par les progrès de la science et de la médecine, le corps humain a été très technicisé au point de le rendre extérieur à la définition même du sujet : il n’est plus moi, il n’est qu’un objet qui m’appartient et dont je peux jouir sans en comprendre le sens et le dynamisme, la fragilité aussi. Même dans la relation à lui-même, notre contemporain a un regard fragmenté. La fracture est vraiment la caractéristique de l’ambiance sociétale que nous respirons. Or ce qui fait notre bonheur, c’est le trépied d’une juste relation à soi, d’une juste relation aux autres et d’une juste relation à Dieu : une vie unifiée, pas éclatée. De fait une vie relationnelle pleinement épanouie et épanouissante, communionelle, est « trinitaire ». Je vous signale le très bon livre de Xavier Lacroix : « Le corps retrouvé : Donner la vie, c'est la recevoir ».

[25] Le combat pour l’égalité et la parité le rappelle. La richesse et la complémentarité du féminin et du masculin est indéniable.

[26] Si c’était le nombre de parents qui faisait sens plutôt que la représentation symbolique père-mère, il faudrait dans ce cas là permettre à l’enfant d’avoir 3 ou 4 parents. Serait-il vraiment mieux protégé ? Certes deux parents valent mieux qu’un. Mais on voit bien que c’est insuffisant pour garantir le sens qu’apportent un père et une mère s’aimant dans la construction de l’identité de l’enfant.

[27] cf Enquête sur la sexualité en France, Nathalie Bajos et Michel Bozon cité in L’homosexualité en vérité, p.47, Philippe Arino

[28]  Journal La Croix du 17-01-13

[29] Il ne faut jamais oublier que c’est un régime supplétif qui n’a rien de parfait, puisque les familles qui adoptent connaissent très bien les difficultés et les souffrances que rencontrent les enfants adoptés au cours de leur croissance. L’affection est nécessaire mais ne suffit pas. La souffrance des adoptés les poussent à rechercher leurs origines. Les priver de ce droit n’est pas forcément juste, surtout si dès le départ ils sont conçus avec cette intention. Tôt ou tard cette responsabilité apparaîtra et justice sera demandée. On créera donc intentionnellement une catégorie d’enfants privés d’un droit essentiel. Ce que fait déjà la PMA pour les couples homme-femme stériles. J’ajoute que la très grande majorité des enfants présents dans les familles homoparentales ont un père et une mère clairement reconnus, fruit d’une précédente union homme-femme. Ceux-là ne seront pas adoptables. Quelle physionomie pour la famille homoparentale si l’adoption est autorisée ? Entre enfants adoptés et enfants non adoptables d’une précédente union, avec des noms différents, des droits de gardes différents, …. la gestion à assumer ne sera pas facile! Et est-ce qu’on pourra encore garantir l’intérêt premier de l’enfant ?

[30] L’Eglise s’oppose à la PMA, pas en tant que technique médicale, mais en tant qu’elle casse le rapport de filiation naturelle, y compris dans un couple homme-femme. L’Eglise entend la souffrance des couples stériles et inféconds. Elle espère que la médecine trouvera un jour un moyen réel de guérir cette stérilité physique. Mais de fait, la PMA ne guérit pas la stérilité. Croire que cette technique peut remplacer la responsabilité humaine et soulager une souffrance, est une illusion. Elle ne fait que la déplacer vers le plus petit. Concrètement, à un enfant conçu par PMA, il est difficile de dire : « tu ressembles à ton père », et au père adoptif : « il te ressemble », alors que ce n’est pas le cas dans le rapport à la mère. Combien de quiproquos, de non-dits ou de gênes auront-ils à subir durant leurs existences ?  La souffrance sera toujours là, en espérant qu’elle ne créera pas de tensions dans le couple entre le parent biologique et le parent adoptif, et entre les parents et l’enfant. Il faudra être dans la vérité et accompagner l’enfant et la famille. Une fois de plus, l’Eglise montre qu’elle n’est pas nataliste à tout prix : concevoir un enfant, oui, mais dans de bonnes conditions pour l’enfant et les parents qui l’accueillent.

[31] Comme le rappelle Gilles Berheim, «  l’enjeu n’est pas ici l’homosexualité, mais le risque irréversible d’un brouillage des généalogies par substitution de la parentalité à la paternité et à la maternité. Mais aussi d’un brouillage du statut de l’enfant qui passe de celui de sujet à celui d’objet auquel chacun aurait « droit ». » Interview Journal La Croix du 4 janvier 2013

[32] Etymologiquement, « homo » vient du grec et signifie « le même » alors que sexuel signifie « l’attirance vers le différent ». C’est un mot inventé au 19ème siècle. La Bible ne le connaissait pas. De fait elle ne dit rien de spécifique sur la condition homosexuelle. Elle condamne juste certains actes comme la sodomie, qui en l’occurrence n’est pas spécifiquement un acte homosexuel puisque pratiqué aussi par des couples homme-femme. Faut-il le redire : l’éthique ou la morale catholique ne réduit jamais les personnes à leurs actes. Elle protège toujours la personne et invite tout un chacun à la responsabilité et à la dignité en refusant le mal et en se relevant du mal par l’accueil du pardon de Dieu. Ne confondons pas les positions de l’Eglise Catholique exprimées par son Magistère avec les positions des catholiques intégristes qui ne sont pas en pleine communion avec elle !

[33] Article Sigmund Freud in wikipedia.org: « Freud renonce progressivement à faire de l'homosexualité une disposition biologique ou une résultante culturelle, mais l'assimile plutôt à un choix psychique inconscient. En 1905, dans Trois essais sur la théorie sexuelle, il parle d'« inversion », mais, en 1910, dans Un souvenir d'enfance de Léonard de Vinci, il renonce à ce terme pour choisir celui d'« homosexualité ». Dans une lettre datant de 1919 écrite à la mère d'une jeune patiente, Freud explique : « l'homosexualité n'est pas un avantage, mais ce n'est pas non plus quelque chose dont [on] doit avoir honte, ce n'est ni un vice ni une dégradation et on ne peut pas non plus la classer parmi les maladies ». Cependant, des hésitations existent dans l'ensemble de l'œuvre freudienne et l'homosexualité adulte y est présentée tantôt comme immature par blocage de la libido au stade anal, tantôt comme repli narcissique ou encore comme identification à la mère. Freud a en effet affirmé que l'homosexualité résulte d'un « arrêt du développement sexuel ». Selon Freud, l'homosexualité n'est pas l'objet de la cure analytique. Seule la culpabilité qui l'accompagne peut donner lieu à une névrose. Enfin, dans une note de 1915 aux Trois essais sur la théorie sexuelle, il explique également que « la recherche psychanalytique s’oppose avec la plus grande détermination à la tentative de séparer les homosexuels des autres êtres humains en tant que groupe particularisé. […] Elle apprend que tous les êtres humains sont capables d’un choix d’objet homosexuel et qu’ils ont effectivement fait ce choix dans l’inconscient ». « Ni Sigmund Freud, ni ses disciples, ni ses héritiers ne firent de l'homosexualité un concept ou une notion propre à la psychanalyse » conclut Élisabeth Roudinesco, même si cette question a divisé les psychanalystes. Selon le critique Didier Eribon, les psychanalystes partageraient un « inconscient homophobe » alors que pour Daniel Borrillo, Freud et certains psychanalystes (tel Jacques Lacan) feraient œuvre d'homophobie en classant l'homosexualité parmi les « inversions ». Mais ce terme est à considérer dans une perspective analytique où les rapports entre le père et la mère étant « inversés », ils induisent chez le sujet une inversion. Pour Lacan, comme pour Freud, d'ailleurs il ne saurait y avoir aucune norme en matière de sexualité. »

[34] Contrairement à certaines sectes évangéliques, l’Eglise ne demande pas que la personne homosexuelle se « convertisse » dans son orientation. D’après certaines études, cette dernière se fixerait plus ou moins à partir de 21-22 ans. Mais cette information est à prendre avec prudence. En matière psychologique, on n’est jamais dans des certitudes absolues.

 

Date de dernière mise à jour : 18/01/2013