Mariage et adoption gay

Le mariage entre personnes de même sexe:

au-delà de la polémique, quelques points de réflexion 

Sur cette question, nous vous conseillons ce texte très équilibré de la Conférence épiscopal, émanant du conseil pour la famille et la société. Il suffit de cliquer sur le lien:

2012-09-27texte-conseil-famille-societe-cef.pdf 2012-09-27texte-conseil-famille-societe-cef.pdf 

            Il me semble important d’apporter quelques éléments de réflexion autour de cette proposition de loi d’ouvrir le mariage aux personnes de même sexe, au nom de la justice. Dans ce débat, même si les apparences médiatiques sont contre elle, l’Eglise ne cherche pas la polémique avec les personnes qui ont une orientation homosexuelle. On estime ces personnes entre 3 et 6 % de la population. Je ne saurai trop vous conseiller la lecture du livre du pasteur Philippe Auzenet "PARLER DE L’HOMOSEXUALITE" aux éditions Sarment, qui apporte un bel éclairage sur cette question. L’Eglise n’ignore pas la souffrance que ces personnes peuvent éprouver du fait de leur orientation. Et elle invite au respect et à l’amitié sincère. (Cf Catéchisme de l’Eglise Catholique) Cette souffrance naît non seulement du regard malveillant qui peut être porté sur leur situation, mais aussi de la contradiction dans laquelle elles se trouvent, et de laquelle elles conçoivent parfois une culpabilité. « Homo » signifie le « même », alors que « sexuel » signifie «l’autre différent» (vient du latin « secare » qui veut dite « séparer, différencier »).

            Notre identité sexuelle (être homme ou femme) nous situe de fait dans l’altérité et la complémentarité. Et la rencontre dans une sexualité intégrale -que vivent uniquement les couples hétérosexuels- implique cette ouverture à l’autre différent, qui de fait ouvre aussi sur le don de la vie. Le mariage comme institution se fonde sur ce fait, sur cette réalité. La souffrance des personnes homosexuelles expliquent certaines revendications de « légitimation» et d’institutionnalisation comme le mariage et l’adoption. Mais faut-il pour autant valider de telles revendications, alors que les réalités vécues ne sont pas les mêmes? Quelles conséquences? Voici un petit dossier sur ce sujet de société.                   

 

Dominique THIRY+

                                                                                                                               

 

Extrait de l’interview « Soyons vigilants » du cardinal André Vingt-Trois par La Vie le 28 juin 2012

 

            Comment voyez-vous le dossier du mariage gay ?

            Dans la représentation culturelle commune, on est passé progressivement de la transmission intergénérationnelle, et donc de la responsabilité à l’égard des enfants, à une attitude de « consommation » des enfants comme un bien auquel chacun aurait droit. Ce bouleversement est un retournement complet. Par ailleurs, certains exigent que la société donne un statut légal aux orientations sexuelles. Or beaucoup de philosophes expliquent qu’il y a une différence entre le sexe, qui est constitutif de la relation sociale, et l’orientation sexuelle. Si on confond les deux, on réclame que toute orientation sexuelle puisse être institutionnalisée et universalisée. Mais si on fait la loi pour satisfaire chaque catégorie particulière, quelle peut être sa valeur universelle ?

 

            Si on est dans un basculement de civilisation si radical, l’opposition au mariage gay n’est-elle pas une cause perdue ?

            La cause n’est pas si perdue qu’il y paraît. Tout ne serait pas si simple. Quel contenu social l’officier d’état civil donnerait-il à ce qu’il célèbre ?  Et quand les Français verront sur leur livret de famille : « parent 1 » et « parent 2 », à la place de « père et mère », ils vont mieux comprendre le problème.

            Mais les enjeux ne concernent pas seulement la morale personnelle. Il faut éclairer et combattre l’orientation globale qui sous-tend ce projet : la généralisation du libéralisme individualiste dans tous les domaines de l’existence humaine. Ce qui nous menace dans le domaine économique et financier nous menace aussi dans la vie familiale et sociale. L’homme est un tout. On ne peut pas s’appuyer sur deux dynamismes antagonistes pour gérer une même réalité : on ne peut pas, d’un côté, vouloir une économie solidaire qui surmonte les intérêts particuliers et, de l’autre, promouvoir une morale sociale qui soit simplement l’addition des désirs particuliers.

            Il me semble que l’ambition du gouvernement est de construire une société solidaire garante d’un bien commun qui dépasse les intérêts individuels. Il se tromperait en imaginant « jouer » le collectif en économie et l’individualisme dans les mœurs. Vider le mariage de sa fonction sociale est une mesure qui mine le sens de l’appartenance sociale dans tous les domaines. Le mariage pour des personnes du même sexe n’est-il pas l’aboutissement de l’individualisme libéral ?

 

            Les catholiques doivent-ils revendiquer d’être entendus sur des vérités qui ne sont plus partagées, alors qu’elles étaient jadis évidentes pour tous. Ou laisser tomber et se replier sur eux ?

            On est dans une phase historique de transition, où les grands objectifs de la révélation biblique et la civilisation sécularisée de l’Occident ne coïncident plus. Ce qui définit deux lignes d’action.

            Quand des mutations font courir un risque majeur à la société et à l’homme, nous devons d’abord jouer un rôle d’éveilleur ou de sentinelle, puis prendre nos responsabilités. Cette interpellation, cette contestation démocratique doivent s’exprimer dans les urnes, dans la prise de parole et dans les engagements ­civiques et sociaux. C’est pourquoi j’appelle au courage politique les responsables qui, à gauche et à droite, sont contre le libéralisme individualiste en matière sociétale. Si ceux-ci n’ont pas le courage de dire ce qu’ils pensent qui le fera ? Tous les chrétiens doivent avoir à cœur de s’exprimer dans leur droit de citoyen. Ensuite, il y a l’exemplarité des catholiques. Affirmer qu’il est préférable pour des enfants d’avoir un père et une mère n’est pas crédible si nos familles apparaissaient comme des lieux invivables. Mais si les familles chrétiennes montrent qu’elles traversent les crises, qu’elles font grandir chacun dans l’harmonie et la communion, alors le voisin de palier peut se dire : « Ils pratiquent ce qu’ils disent et cela m’intéresse. » Le chrétien ne vise pas à former une société dans la société. Il vise l’universel, et ne s’en cache pas.

           

 

HOMME – FEMME – ENFANTS : 10 BONNES RAISONS
DE NE LEGALISER NI LE MARIAGE ENTRE PERSONNES DE MEME SEXE
NI L’ADOPTION PAR DES PARTENAIRES DE MEME SEXE


Certains affirment que notre législation actuelle du mariage et de l’adoption serait liée à une conception religieuse de la société. On notera qu’en fait, aucun des arguments ici énumérés n’a de connotation religieuse. En revanche, on voit que s’affrontent une vision strictement individualiste et une approche sociale.


1. Le mariage : une forme de vie précise mais pas exclusive.

Le mariage est une forme particulière de vie commune. C’est le nom et l’institution juridique correspondant à l’engagement durable d’un homme et d’une femme qui souhaitent fonder une famille.
Mais le mariage n’est pas un modèle universel. Il y a des célibataires, des concubins. Respecter vraiment les personnes homosexuelles, c’est les respecter aussi dans le fait de ne pas se plier au seul modèle du mariage, présenté ou perçu comme universel ou dominant.
 

2. Le mariage n'est pas la reconnaissance publique des sentiments.

C’est se tromper sur la nature et la définition du mariage que de le considérer comme la reconnaissance sociale de l’amour, à laquelle pourraient aspirer tous ceux qui s’aiment sincèrement.
On ne voit pas bien d’ailleurs l’utilité et la légitimité de la reconnaissance par les pouvoirs publics d’une relation amoureuse, la réalité la plus intime qui soit. Le mariage est en fait l’inscription de la filiation dans une institution stable, notamment pour protéger la mère (matri-monium) : il est en effet présumé que l’enfant d’une femme mariée a son mari pour père, avec les droits et les devoirs qui en découlent.


3. Le statut économique du mariage est lié à sa fonction sociale.
Si le mariage est perçu comme un modèle attractif, c’est en particulier en raison des facilités économiques qui y sont liées. Mais celles-ci ne sont justifiées que par le soutien que la société estime devoir apporter à ceux qui contribuent à son renouvellement par la transmission de la vie et le travail éducatif. Il ne s’agit pas d’une « niche » fiscale et sociale, mais d’une prise en compte de l’apport spécifique de ce mode de vie à l’effort collectif. Détachées de cette justification, les contours économiques du mariage n’ont plus de raison d’être. Les célibataires devraient alors avoir exactement les mêmes droits que les « mariés ».


4. Le mariage entre personnes de même sexe entraînerait en fait la fin du mariage civil.
L’orientation sexuelle n’a pas l’objectivité de l’identité sexuelle. L’expérience prouve qu’elle peut changer au cours de la vie et elle n’apparaît pas sur les cartes d’identité. Compte tenu de l’extrême souplesse de fait des obligations juridiques liées au mariage, rien n’empêcherait le cas échéant que deux hommes ou deux femmes totalement hétérosexuels se « marient » pour des raisons fiscales ou en vue d’un « regroupement » professionnel… Le mariage ne serait plus en réalité qu’une association contractuelle d’intérêts privés. On ne serait donc pas passé du PACS au mariage mais on aurait résorbé le mariage, institution sociale, dans le PACS, contrat privé. L’ouverture du mariage aux partenaires de même sexe reviendrait finalement à supprimer le mariage civil.


5. Conséquences logiques d’une déstructuration du mariage
Pourquoi le mariage unit-il deux personnes ? Parce qu’il s’agit d’un homme et d’une femme, en vue notamment de la procréation. Si l’on sort de ce modèle, pourquoi limiter à deux le nombre de partenaires ? C’est ainsi qu’un mariage à trois a été célébré au Danemark récemment. Dans le contexte français, la polygamie est devenue une question sociale sensible. Elle fait partie de l’expérience culturelle de certaines populations immigrées. Mais elle est aussi paradoxalement, certes sous une forme non juridique, le mode de vie assumé d’une frange de la population qui revendique ce droit aux partenaires multiples et simultanés. Le cas échéant, quels seraient donc les arguments probants qui permettraient de restreindre les ouvertures d’un « mariage » désormais détaché de son lien objectif avec la procréation ? Se posent d’ailleurs non seulement la question des partenaires multiples mais aussi celle des relations intrafamiliales ou intergénérationnelles.


6. Le mariage entre personnes de même sexe aggraverait le communautarisme
Le tout nouveau « code de la laïcité et de la liberté religieuse » justifie l’obligation de ne marier religieusement que ceux qui se sont mariés civilement par un souci d’ « intégration dans l’espace public ». Si le mariage civil devenait totalement équivoque par rapport à ce que l’ensemble des religions entendent par mariage, cette lourde obligation du code pénal leur deviendrait inacceptable et elles demanderaient vraisemblablement sa suppression. Dans le contexte sensible de la montée des communautarismes en France, il y aurait là un facteur de désintégration sociale.


7. Privilégier les droits « de » l'enfant plutôt que le droit « à » l'enfant
L’adoption consiste fondamentalement à donner des parents à des enfants qui en sont dépourvus et non l’inverse. Ce qui est premier dans ce processus n’est donc pas le désir des parents mais le besoin des enfants. Faire en sorte que leurs parents adoptifs remplacent au plus près leurs parents biologiques est donc une priorité.


8. L'adoption par les célibataires : un faux argument
La possibilité de l’adoption par des célibataires remonte aux lendemains de la guerre et s’explique au départ par un déficit de partenaires masculins pour les femmes et par une recrudescence du nombre des orphelins. On dira aujourd’hui que permettre l’adoption par le partenaire de même sexe d’un parent adoptif, c’est « sortir de l’hypocrisie ». En réalité, même si un parent adoptif a un partenaire de même sexe, le désigner comme un deuxième père ou une deuxième mère ne correspond pas à la réalité et constitue donc un mensonge. Il peut être légitime et opératoire en revanche d’établir un dispositif circonscrit de « délégation de l’autorité parentale pour les actes de la vie courante ».


9. Le mariage entre personnes de même sexe fragiliserait l'adoption internationale
On dira souvent qu’il vaut mieux qu’un enfant soit adopté par des partenaires de même sexe plutôt que de ne pas être adopté de tout. Chacun sait qu’en réalité cette question ne se pose pas puisque le nombre d’enfants adoptables est moins important que les demandes de parents adoptifs. En revanche, comme l’évoque un film récent, un certain nombre de pays refusent que leurs ressortissants soient adoptés par des parents provenant de pays où l’adoption par des partenaires de même sexe est autorisée. S'il y avait une légalisation en France, un grand nombre de pays interrompraient l'adoption internationale vers notre pays, ce qui diminuerait considérablement les possibilités d’adoption pour les familles françaises.

 

10. Le recours à la GPA largement identifié comme une atteinte à la dignité des femmes
L’aide médicale à la procréation peut sembler changer les règles de la parenté. Mais qu’on le veuille ou non, tout enfant, même s’il est né grâce à une insémination artificielle ou une fécondation in vitro,n’a pas deux pères ou deux mères : il a un père et une mère biologiques. Certains hommes vivant avec un partenaire de même sexe souhaiteraient, pour adopter des enfants, recourir à la gestation pour autrui. Celle-ci est actuellement rejetée et par la majorité et par l’opposition comme gravement attentatoire à la dignité des femmes. La coïncidence des revendications appelle en retour une cohérence du discernement.

Date de dernière mise à jour : 29/09/2012