Un prêtre forcément un homme?

Voici l'homélie que j'ai faite à l'occasion de la fête du Saint Sacrement, et qui explique notamment pourquoi l'Eglise choisit des prêtres parmi les hommes.

Mc 14,12-26

Chers amis,

Après la fête de la Sainte Trinité, nous sommes conviés aujourd'hui à nous rapprocher du mystère de l'Eucharistie, en cette fête Dieu.

Je ne résiste pas à souligner, au début de cette homélie, le lien très fort qui existe entre l'Eucharistie et le Sacerdoce, mystère dans lequel vont être introduits 4 jeunes prêtres, dimanche 24 juin prochain, à la cathédrale de Metz. Il est prévu en effet que Monseigneur Raffin, notre évêque, les ordonne pour notre diocèse.

Aujourd’hui, c’est donc l’occasion pour nous de réfléchir aussi à ce qu’est un prêtre.

Déjà une première remarque : le « métier » de prêtre a beaucoup évolué en 50 ans. Certains sociologues disent même que c’est l’un des métiers qui a le plus évolué. Entre ce que faisaient mes confrères il y a 50 ans, et ce qu’il nous est demandé aujourd’hui, il y a un monde. Ça n’a plus rien à voir !

Et pourtant c’est toujours la même vocation. Car un prêtre est toujours ordonné, consacré, envoyé vers un peuple en vue du service de l'autel ou de l’Eucharistie et pour réaliser l’unité de sa communauté autour du Christ, Bon Pasteur.

Comme je le disais, il y a un lien très fort entre le Sacerdoce et l’Eucharistie. Le prêtre célèbre l'Eucharistie avec sa communauté, pour que le Christ puisse se donner à son épouse, l'Eglise. Voilà le mystère que nous célébrons dans chaque Eucharistie. C’est un mystère d’Alliance, d’épousailles spirituelles, d’amour sacré entre Dieu et l’Humanité.

La messe, ce n’est pas un meeting, ce n’est pas un spectacle, ce n’est pas une rencontre d’anciens combattants ou de militants, c’est une rencontre spirituelle forte entre l’Eglise et le Christ Ressuscité.

Et dans cette rencontre, il y a plusieurs rôles qui sont assumés. L’assemblée, qui représente l’Epouse du Christ, la chorale qui aide l’assemblée à exprimer son chant d’amour à son Epoux, les enfants de chœur qui sont au service de l’autel, les lecteurs qui portent la Parole, et le prêtre, qui représente, mieux, qui rend présent l’Epoux par son ordination.

Le prêtre n’est pas l’Epoux, mais il rend présent sacramentellement le Christ, au point où il dit les paroles de l’Epoux : « ceci est mon corps livré pour vous, ceci est mon sang versé pour vous ». Au point où il est configuré à l’Epoux jusque dans son être, dans son âme et dans son propre corps.

Dans l’Eucharistie, on dit que le prêtre agit in persona Christi, dans la Personne du Christ. C’est extrêmement fort. Il offre sa vie, ses mains, ses paroles, sa voix, son propre corps, pour que le Christ, Epoux de l’Eglise, soit présent « physiquement » à son Eglise.

Et c’est la raison pour laquelle l’Eglise choisit des prêtres parmi des hommes, parce que le rôle que tient le prêtre dans la célébration eucharistique est un rôle que seul un homme peut tenir, celui d’être époux.

Ce n’est pas par misogynie, par peur des femmes, pour des raisons culturelles que Jésus a choisi 12 hommes, qu’il a ordonné ensuite apôtres. C’est bien Jésus qui a choisi 12 hommes, et ce totalement librement ! Il ne s’est jamais gêné pour dire ce qu’il pensait et faire ce qu’il devait faire pour réaliser la mission de son Père, quitte à bousculer ou transgresser les us et coutumes ou les règles sociales de son époque.

Et pourquoi a-t-il fait ce choix ? Pour le bien de son Eglise, pour lui dire qu’il restait bien là au milieu de sa Communauté, comme l’époux qui n’abandonne jamais son épouse, selon ce qu’il avait promis : « Je serai avec vous jusqu’à la fin des temps. » Comment l’est-il ? Il l’est sacramentellement par les prêtres dans certains actes de leur ministère, évidemment pas dans leurs péchés !

Alors nul doute qu’une femme serait pleinement capable de faire ce que fait un homme. Et que sans les femmes, l’Eglise ne serait rien ! Je répète : sans les femmes, l’Eglise ne serait rien. Notre future EAP, l’équipe d’animation pastorale qui gouvernera notre Communauté sera composée en majorité de femmes. Elles ont été choisies pour leur compétence. Je ne vois pas pourquoi je priverai la communauté de leurs compétences au nom de la « parité ».

Mais ce n’est pas de cela qu’il s’agit dans le sacerdoce. On n’est pas dans l’ordre du faire, on est dans l’ordre de l’être.

Le prêtre assume un rôle qui donne du sens à une rencontre. Imaginez que dans le film Titanic, -cette grande romance-, on remplace Léonardo di Caprio par Catherine Deneuve, mais ça ne fait plus le même film, ça n’a plus de sens!

Les successeurs des apôtres, ce sont les évêques, qui ont la plénitude du Sacerdoce. Ils portent tous un anneau, comme une alliance, car ils sont liés à leur Eglise diocésaine. Et les collaborateurs des évêques, ce sont les prêtres. Moi-même, j’ai été ordonné et envoyé par notre évêque avec une lettre de mission, pour faire un travail précis. Et c’est à lui que je dois rendre des comptes. Il fera d’ailleurs sa visite pastorale l’an prochain.

Notre communauté chrétienne elle-même ne serait pas catholique sans ce lien avec notre évêque, successeur des Apôtres sur l’Eglise diocésaine. C’est la raison pour laquelle je cite son nom au canon de la messe, en lien avec celui du Saint Père qui nous relie à l’Eglise universelle. Une communauté chrétienne est catholique, si elle est reliée à l’Eglise particulière et universelle, par le ministère sacerdotale.

Vous voyez, de ce point de vue là, la vocation de prêtre n’a pas changé. Elle est restée tel que le Christ l’a voulu à l’origine. Et ce qu'a fait Jésus à l'origine est normatif de notre vie chrétienne.

Mais l’important dans l’Eucharistie, ce n’est pas le prêtre, qui est un homme ordinaire avec ses richesses et ses défauts, et qui est aussi un pécheur qui a besoin d’être sanctifié comme tout un chacun : pas plus, pas moins!

L’important, c’est de comprendre qu’à travers l’Eucharistie, Dieu vient nous épouser, quelle que soit notre vocation. C’est fou de penser que je suis épousé par Dieu chaque fois que je communie…. C’est à ce niveau là qu’il faut se situer pour comprendre l’importance vitale de l’Eucharistie.

Comme le montre Saint Marc dans l’Evangile, Jésus instaure l'Eucharistie juste avant de mourir. C'est l'ultime témoignage de son amour, la preuve concrète qu'il nous laisse en partage. Il n’y a pas d’amour plus fort sur terre que l’Eucharistie. "Ceci est mon corps livré pour vous, ceci est mon sang versé pour vous." Jésus donne tout. Il sacrifie tout pour nous, pour moi. L'Eucharistie témoigne de la puissance incommensurable du don de Jésus à son Eglise. C'est un puits sans fond, dans lequel je peux puiser largement. Chaque fois que je m'approche de l'Eucharistie avec foi, j’ai un contact unique avec Jésus lui-même. Comme le rappelait le titre de la dernière Encyclique de Jean-Paul II, « l’Eglise vit de l’Eucharistie ». Dans l'Eucharistie, Jésus se donne tout entier, avec son corps, avec son sang, avec son âme et sa divinité. Il ne fait pas semblant de se donner ou symboliquement. Il se donne totalement et réellement.

Oh, certes, je ne vois rien, je ne sens rien, cela semble ne rien changer en apparence à mon existence. Et pourtant, c'est ma foi qui me guide, c'est ma foi qui est stimulée lorsque mes yeux de chair ne voient que pain et vin là où le corps et le sang de Jésus sont bien réellement présents.

Oui, l'Eucharistie est ma halte dominicale, mon havre de paix. Le Christ est bien le grand prêtre du bonheur qui vient. Il est le médiateur d'une nouvelle alliance, scellé dans son corps, qui est comme la porte d'entrée du ciel. Chaque fois que je communie, je pénètre dans l'éternité, et ma vie en est transfigurée. Amen.

Date de dernière mise à jour : 11/06/2012