Les religions sont violentes!

Les religions conduisent à la violence! C'est un fait dans l'histoire. Donc elles sont mauvaises!

Réponse:

Il est vrai que les hommes ont parfois été conduits à la violence par les religions: inquisition chrétienne (estimation: 50.000 morts en Europe en 5 siècles) et croisades, guerres de religions (16ème siècle), conquête islamique et esclavage, lapidation des femmes dans la charia, meurtre rituel chez les mayas, système des castes dans l'hindouisme, ....

Il est vrai aussi que des gouvernants politiques ont exploité les religions à leur fin. Mais il est indéniable de constater que les pires exactions ont été conduits par des systèmes politiques athées comme le nazisme ou le communisme, qui ont été à l'origine du meurtre de millions de personnes, et de crimes contre l'humanité. Au 20ème siècle, le communisme, par exemple, a fait environs 80 millions de morts dans le monde. Mais déjà la Révolution française, qui avait installé le culte de la déesse Raison à Notre Dame, à la suite des Lumières, avait fait 1 million de morts en 10 ans. Les systèmes idéologiques pensés au 19ème siècle ont conduit les dérives du 20ème, et celles du début du 21ème. Actuellement, l'ultra-libéralisme qui consacre le sentiment de toute puissance n'est que l'expression du surhomme pensé par Nietzsch. Cet ultra-libéralisme conduit subrepticement des millions de personnes à la faim, à la rue, à la violence....

A vrai dire, la violence comme l'a montré les études en psychologie, est présente dans le coeur de tous les hommes. Et prétendre le contraire, c'est vivre une illusion dangeureuse, qui est justement à la source de toutes ces exactions dans le monde.

Les religions proposent souvent des voies de purification du mal qui ronge le coeur humain. Les religions, avec les erreurs et la sagesse acquise au cours de l'histoire, peuvent être aujourd'hui une aide pour dépasser les situations qui appellent la violence. Médiatrices de paix et de dialogue, en appelant à la tolérance et à la fraternité universelle, elles ont pour devoir d'interpeller les citoyens et gouvernants du monde pour qu'ils créent les conditions de la paix.

Voici le témoignage du prieur de l'abbaye de Tibhirine, le père Christian de Chergé, qui sera enlevé avec 6 autres moines par des islamistes radicaux en Algérie, et assassiné dans des conditions troubles. Ce Testament magnifique témoigne de la bonté d'un homme profondément religieux, qui ouvre au dépassement de la violence par la force du pardon:

 

TESTAMENT DE DOM CHRISTIAN DE CHERGÉ

ouvert le dimanche de Pentecôte 1996

 

Quand un A-DIEU s'envisage...

 

S'il m'arrivait un jour - et ça pourrait être aujourd'hui -

d'être victime du terrorisme qui semble vouloir englober maintenant

tous les étrangers vivant en Algérie,

j'aimerais que ma communauté, mon Église, ma famille,

se souviennent que ma vie était DONNÉE à Dieu et à ce pays.

Qu'ils acceptent que le Maître Unique de toute vie

ne saurait être étranger à ce départ brutal.

Qu'ils prient pour moi :

comment serais-je trouvé digne d'une telle offrande ?

Qu'ils sachent associer cette mort à tant d'autres aussi violentes

laissées dans l'indifférence de l'anonymat.

Ma vie n'a pas plus de prix qu'une autre.

Elle n'en a pas moins non plus.

En tout cas, elle n'a pas l'innocence de l'enfance.

J'ai suffisamment vécu pour me savoir complice du mal

qui semble, hélas, prévaloir dans le monde,

et même de celui-là qui me frapperait aveuglément.

J'aimerais, le moment venu, avoir ce laps de lucidité

qui me permettrait de solliciter le pardon de Dieu

et celui de mes frères en humanité,

en même temps que de pardonner de tout coeur à qui m'aurait atteint.

Je ne saurais souhaiter une telle mort.

Il me paraît important de le professer.

Je ne vois pas, en effet, comment je pourrais me réjouir

que ce peuple que j'aime soit indistinctement accusé de mon meurtre.

C'est trop cher payé ce qu'on appellera, peut-être, la "grâce du martyre"

que de la devoir à un Algérien, quel qu'il soit,

surtout s'il dit agir en fidélité à ce qu'il croit être l'Islam. Je sais le mépris dont on a pu entourer les Algériens pris globalement.

Je sais aussi les caricatures de l'Islam qu'encourage un certain idéalisme.

Il est trop facile de se donner bonne conscience

en identifiant cette voie religieuse avec les intégrismes de ses extrémistes.

L'Algérie et l'Islam, pour moi, c'est autre chose, c'est un corps et une âme.

Je l'ai assez proclamé, je crois, au vu et au su de ce que j'en ai reçu,

y retrouvant si souvent ce droit fil conducteur de l'Évangile

appris aux genoux de ma mère, ma toute première Église,

précisément en Algérie, et déjà, dans le respect des croyants musulmans.

Ma mort, évidemment, paraîtra donner raison

à ceux qui m'ont rapidement traité de naïf, ou d'idéaliste :

"qu'Il dise maintenant ce qu'Il en pense !".

Mais ceux-là doivent savoir que sera enfin libérée ma plus lancinante curiosité.

Voici que je pourrai, s'il plaît à Dieu,

plonger mon regard dans celui du Père

pour contempler avec lui Ses enfants de l'Islam

tels qu'ils les voient, tout illuminés de la gloire du Christ,

fruit de Sa Passion, investis par le Don de l'Esprit

dont la joie secrète sera toujours d'établir la communion

et de rétablir la ressemblance, en jouant avec les différences.

Cette vie perdue, totalement mienne, et totalement leur,

je rends grâce à Dieu qui semble l'avoir voulue tout entière

pour cette JOIE-là, envers et malgré tout.

Dans ce MERCI où tout est dit, désormais, de ma vie,

je vous inclus bien sûr, amis d'hier et d'aujourd'hui,

et vous, ô amis d'ici,

aux côtés de ma mère et de mon père, de mes soeurs et de mes frères et des leurs,

centuple accordé comme il était promis !

Et toi aussi, l'ami de la dernière minute, qui n'aura pas su ce que tu faisais.

Oui, pour toi aussi je le veux ce MERCI, et cet "A-DIEU" en-visagé de toi.

Et qu'il nous soit donné de nous retrouver, larrons heureux,

en paradis, s'il plaît à Dieu, notre Père à tous deux. AMEN !

 

Insha 'Allah !

 

Alger, 1er décembre 1993