Le dialogue interreligieux entre catholiques et musulmans: où en est-on?

Le dialogue interreligieux est une donnée fondamentale de la pensée de l'Eglise depuis le Concile Vatican II. Aujourd'hui, avec les musulmans, où en est-on?

Le point dans cette conférence:

A l’occasion de la semaine islamo-chrétienne, la Web TV / lyon fourvière a rencontré Jacques Bolon, délégué épiscopal en charge des relations avec les musulmans, et Hafidh Sekhri, responsable de la commission du dialogue inter-religieux pour le CRCM-RA (conseil régional du culte musulman – Rhône Alpes). Ensemble ils témoignent de la nécessité de mieux découvrir la foi de l’autre pour vivre la fraternité et approfondir sa propre foi.

 

Les difficultés du dialogue islamo-chrétien:

Débat: Foi et raison: Averroes a-t-il inspiré St Thomas d'Aquin?

Le très beau testament de Christian de Chergé, prieur de l'abbaye du Mont Atlas à Tibhirine en Algérie, un exemple de dialogue entre chrétiens et musulmans:

TESTAMENT DE DOM CHRISTIAN DE CHERGÉ

ouvert le dimanche de Pentecôte 1996

 

Quand un A-DIEU s'envisage...

S'il m'arrivait un jour - et ça pourrait être aujourd'hui -

d'être victime du terrorisme qui semble vouloir englober maintenant

tous les étrangers vivant en Algérie,

j'aimerais que ma communauté, mon Église, ma famille,

se souviennent que ma vie était DONNÉE à Dieu et à ce pays.

Qu'ils acceptent que le Maître Unique de toute vie

ne saurait être étranger à ce départ brutal.

Qu'ils prient pour moi :

comment serais-je trouvé digne d'une telle offrande ?

Qu'ils sachent associer cette mort à tant d'autres aussi violentes

laissées dans l'indifférence de l'anonymat.

Ma vie n'a pas plus de prix qu'une autre.

Elle n'en a pas moins non plus.

En tout cas, elle n'a pas l'innocence de l'enfance.

J'ai suffisamment vécu pour me savoir complice du mal

qui semble, hélas, prévaloir dans le monde,

et même de celui-là qui me frapperait aveuglément

J'aimerais, le moment venu, avoir ce laps de lucidité

qui me permettrait de solliciter le pardon de Dieu

et celui de mes frères en humanité,

en même temps que de pardonner de tout coeur à qui m'aurait atteint.

Je ne saurais souhaiter une telle mort.

Il me paraît important de le professer.

Je ne vois pas, en effet, comment je pourrais me réjouir

que ce peuple que j'aime soit indistinctement accusé de mon meurtre.

C'est trop cher payé ce qu'on appellera, peut-être, la "grâce du martyre"

que de la devoir à un Algérien, quel qu'il soit,

surtout s'il dit agir en fidélité à ce qu'il croit être l'Islam. Je sais le mépris dont on a pu entourer les Algériens pris globalement.

Je sais aussi les caricatures de l'Islam qu'encourage un certain idéalisme.

Il est trop facile de se donner bonne conscience

en identifiant cette voie religieuse avec les intégrismes de ses extrémistes.

L'Algérie et l'Islam, pour moi, c'est autre chose, c'est un corps et une âme.

Je l'ai assez proclamé, je crois, au vu et au su de ce que j'en ai reçu,

y retrouvant si souvent ce droit fil conducteur de l'Évangile

appris aux genoux de ma mère, ma toute première Église,

précisément en Algérie, et déjà, dans le respect des croyants musulmans.

Ma mort, évidemment, paraîtra donner raison

à ceux qui m'ont rapidement traité de naïf, ou d'idéaliste :

"qu'Il dise maintenant ce qu'Il en pense !".

Mais ceux-là doivent savoir que sera enfin libérée ma plus lancinante curiosité.

Voici que je pourrai, s'il plaît à Dieu,

plonger mon regard dans celui du Père

pour contempler avec lui Ses enfants de l'Islam

tels qu'ils les voient, tout illuminés de la gloire du Christ,

fruit de Sa Passion, investis par le Don de l'Esprit

dont la joie secrète sera toujours d'établir la communion

et de rétablir la ressemblance, en jouant avec les différences.

Cette vie perdue, totalement mienne, et totalement leur,

je rends grâce à Dieu qui semble l'avoir voulue tout entière

pour cette JOIE-là, envers et malgré tout.

Dans ce MERCI où tout est dit, désormais, de ma vie,

je vous inclus bien sûr, amis d'hier et d'aujourd'hui,

et vous, ô amis d'ici,

aux côtés de ma mère et de mon père, de mes soeurs et de mes frères et des leurs,

centuple accordé comme il était promis !

Et toi aussi, l'ami de la dernière minute, qui n'aura pas su ce que tu faisais.

Oui, pour toi aussi je le veux ce MERCI, et cet "A-DIEU" en-visagé de toi.

Et qu'il nous soit donné de nous retrouver, larrons heureux,

en paradis, s'il plaît à Dieu, notre Père à tous deux. AMEN !

 

Insha 'Allah !

 

Alger, 1er décembre 1993