Les veilleurs de l'Atlas: le témoignage des moines de Tibhirine

Voici l'histoire des 7 moines trappistes de Tibhirine qui a inspiré le film "Des hommes et des dieux" de Xavier Beauvois dans lequel frère Luc est interprété par Michael Lonsdale .

 

Les Veilleurs d'Atlas

Pour suivre l'émission, cliquez sur le lien:

KTO Les moines de Tibhirine

Voici aussi un diaporama sur les moines et le don de leur vie:1-TIBHIRINE.fr.pps


L'explication du film "des hommes et des dieux":

A l’occasion de la sortie en salles du nouveau long-métrage de Xavier Beauvois, «Des Hommes et des Dieux», découvrez des extraits exceptionnels du film, et partez à la rencontre de ses principaux protagonistes. Michael Lonsdale, Xavier Beauvois, Henry Quinson, Olivier Rabourdin et François Polgar, partagent leur expérience et leur vision du message des moines, autour de scènes clés. Tibéhirine, où comment l’Amour peut-il tout endurer, jusqu’à faire déjouer la tragédie elle-même…

 

Quelques extraits du film "des hommes et des dieux", de Xavier Beauvois, avec Lambert Wilson et Michael Lonsdale, en salle le 8 septembre 2010. Une très belle évocation de la vie des moines de Tibhirine:

Célestin, moine de Tibhirine

Réalisé en 2002 à partir des informations disponibles à l'époque, ce film présente Célestin Ringeard, l'un des 7 moines trappistes du monastère de Tibhirine assassinés en Algérie en 1996. Cest un portrait riche raconté par de nombreux proches, des camarades de régiment, sa famille, des harkis qui nous font découvrir le jeune séminariste au moment de son service militaire puis le prêtre engagé au service des plus pauvres en France qui partit pour l'Afrique en tant que moine à 50 ans.

 

Pour voir l'émission:

KTO Célestin, moine de Tibhirine

 

TESTAMENT DE DOM CHRISTIAN DE CHERGÉ

ouvert le dimanche de Pentecôte 1996

 

Quand un A-DIEU s'envisage...

S'il m'arrivait un jour - et ça pourrait être aujourd'hui -

d'être victime du terrorisme qui semble vouloir englober maintenant

tous les étrangers vivant en Algérie,

j'aimerais que ma communauté, mon Église, ma famille,

se souviennent que ma vie était DONNÉE à Dieu et à ce pays.

Qu'ils acceptent que le Maître Unique de toute vie

ne saurait être étranger à ce départ brutal.

Qu'ils prient pour moi :

comment serais-je trouvé digne d'une telle offrande ?

Qu'ils sachent associer cette mort à tant d'autres aussi violentes

laissées dans l'indifférence de l'anonymat.

Ma vie n'a pas plus de prix qu'une autre.

Elle n'en a pas moins non plus.

En tout cas, elle n'a pas l'innocence de l'enfance.

J'ai suffisamment vécu pour me savoir complice du mal

qui semble, hélas, prévaloir dans le monde,

et même de celui-là qui me frapperait aveuglément.

J'aimerais, le moment venu, avoir ce laps de lucidité

qui me permettrait de solliciter le pardon de Dieu

et celui de mes frères en humanité,

en même temps que de pardonner de tout coeur à qui m'aurait atteint.

Je ne saurais souhaiter une telle mort.

Il me paraît important de le professer.

Je ne vois pas, en effet, comment je pourrais me réjouir

que ce peuple que j'aime soit indistinctement accusé de mon meurtre.

C'est trop cher payé ce qu'on appellera, peut-être, la "grâce du martyre"

que de la devoir à un Algérien, quel qu'il soit,

surtout s'il dit agir en fidélité à ce qu'il croit être l'Islam. Je sais le mépris dont on a pu entourer les Algériens pris globalement.

Je sais aussi les caricatures de l'Islam qu'encourage un certain idéalisme.

Il est trop facile de se donner bonne conscience

en identifiant cette voie religieuse avec les intégrismes de ses extrémistes.

L'Algérie et l'Islam, pour moi, c'est autre chose, c'est un corps et une âme.

Je l'ai assez proclamé, je crois, au vu et au su de ce que j'en ai reçu,

y retrouvant si souvent ce droit fil conducteur de l'Évangile

appris aux genoux de ma mère, ma toute première Église,

précisément en Algérie, et déjà, dans le respect des croyants musulmans.

Ma mort, évidemment, paraîtra donner raison

à ceux qui m'ont rapidement traité de naïf, ou d'idéaliste :

"qu'Il dise maintenant ce qu'Il en pense !".

Mais ceux-là doivent savoir que sera enfin libérée ma plus lancinante curiosité.

Voici que je pourrai, s'il plaît à Dieu,

plonger mon regard dans celui du Père

pour contempler avec lui Ses enfants de l'Islam

tels qu'ils les voient, tout illuminés de la gloire du Christ,

fruit de Sa Passion, investis par le Don de l'Esprit

dont la joie secrète sera toujours d'établir la communion

et de rétablir la ressemblance, en jouant avec les différences.

Cette vie perdue, totalement mienne, et totalement leur,

je rends grâce à Dieu qui semble l'avoir voulue tout entière

pour cette JOIE-là, envers et malgré tout.

Dans ce MERCI où tout est dit, désormais, de ma vie,

je vous inclus bien sûr, amis d'hier et d'aujourd'hui,

et vous, ô amis d'ici,

aux côtés de ma mère et de mon père, de mes soeurs et de mes frères et des leurs,

centuple accordé comme il était promis !

Et toi aussi, l'ami de la dernière minute, qui n'aura pas su ce que tu faisais.

Oui, pour toi aussi je le veux ce MERCI, et cet "A-DIEU" en-visagé de toi.

Et qu'il nous soit donné de nous retrouver, larrons heureux,

en paradis, s'il plaît à Dieu, notre Père à tous deux. AMEN !

Insha 'Allah !

Alger, 1er décembre 1993