L'histoire de Moïse: est-elle vraie, ou juste une fable pour transmettre un message?

Est-ce que l'archéologie est capable de nous renseigner sur l'histoire de Moïse? Sans tomber dans le concordisme facile, a-t-on des traces ou des éléments plausibles de cette histoire? Dans tout récit, il y a une relecture, mais est-ce seulement un mythe, une composition de texte pour transmettre un message, ou y-a-t-il un fondement historique à ce récit?

(la qualité de l'image est un peu décevante, mais le son est bon)

Film de Jean-Claude BRAGARD - ARTE 22.01.2000

D'après la Bible, un homme, Moïse, fut chargé par Dieu de faire sortir son peuple, esclave en Egypte, lui faire traverser la Mer Rouge et le conduire vers la Terre promise.

Depuis des années, des archéologues cherchent les preuves qui confirmeraient ce récit. Qu'est-ce qui a provoqué les 10 plaies ? Où se trouve le Mont Sinaï précisément ? Et surtout qui était Moïse? Des élements plausibles apparaissent, qui peuvent éclairer (sans toutefois être des preuves irréfutables) sur la vie, sur les lieux, les événements et les hommes à l'origine des grands chapitres de la plus grande Histoire de l'Humanité. Moïse est considéré par les Juifs, les Chrétiens et l'Islam, comme le père fondateur du monothéisme. Les archéologues ont mis très récemment à jour des éléments corroborant l'Histoire biblique de Moïse.

Avant d'arriver à la Terre promise, les 600.000 Hébreux, nous dit la Bible, ont erré dans le désert du Sinaï pendant 40 ans; cela aurait dû laisser des traces. Or, pas la plus petite preuve de l'immigration massive d'une telle population. Mais l'absence de preuves archéologiques peut avoir une explication : la grande difficulté à fouiller l'immense étendue du désert du Sinaï. Depuis 1980, on examine le site le plus reculé mais aussi le plus prometteur, c'est celui d'une montagne au Nord du Sinaï.

L'archéologue James HOFFMEIER découvrit des grottes près du sommet de la montagne où les esclaves extrayaient des pierres précieuses, dont des Sémites et peut-être des Hébreux ; car on découvre sur la roche des inscriptions sémitiques dont l'Hébreu est issu ; on lit un L qui signifie DIEU, et son nom "ETERNEL" , similaire aux inscriptions significatives indiquées dans la Genèse, ou encore "DIEU ETERNEL". Le nombre des inscriptions indiquées sur le site confirme la présence de sémites en ces lieux. Donc, si les esclaves étaient à l'époque capables d'écrire, cela prouve aussi la culture de ce peuple, et qu'ils auraient pu écrire  l'histoire de Moïse.

Le récit biblique commence dans le delta du Nil où les Hébreux s'étaient primitivement établis ; leur communauté s'agrandissait, les Egyptiens prirent la décision de les asservir ; le récit de la Bible est émaillé de nombreux détails qui ne pouvaient être de l'imagination. Les Egyptiens leur rendaient la vie amère par de durs travaux, tels que la fabrication des briques en argile, dont la technique est encore utilisée aujourd'hui dans le delta du Nil.

En ces temps-là, dit la Bible, les cités de PITHOM et de RAMSES furent construites avec ces briques, comme mentionnées dans les hiéroglyphes de la même époque. Mais il faut trouver ces villes que l'on ne connaît pas. A TANIS, dans le Nord-Est du delta, une ville imposante fut découverte, les inscriptions dateraient de RAMSES II, sauf un écart de 100 ans dans les dates, et indiquaient que la ville fut construite en - 1100 AC, or à cette époque, les Hébreux étaient déjà partis pour la Terre promise. Sur une stèle, les inscriptions donnent 1220 AC comme peuples conquis dont les Hébreux. Mais une étude géologique du delta livra la clé du mystère. La ville recherchée se trouve au bord d'un des bras asséché du Nil. Dans un champ, à une cinquantaine de kilomètres de TANIS, à KANTIR. Des statues, des colonnes et des fosses font penser à la ville entrepôt construite par les Hébreux. La zone a été fouillée par des archéologues ; des palais, des maisons sur plus de 30 kilomètres, d'abord appelée AVARIS puis PI-RAMSES, selon ce que dit la Bible, et en fait les Egyptiens confirment bien que la capitale fut transférée de PI-RAMSES à TANIS.

Comme la population israélite continuait de croître, Pharaon ordonna de tuer tous les nouveaux nés mâles Hébreux aux accoucheuses. Mais une mère mit son nouveau-né dans une corbeille de joncs et le déposa sur une rive du Nil, dit la Bible (en termes utilisés par les Egyptiens, Moïse veut dire nouveau-né). Moïse grandit à la Cour de Pharaon, puis Moïse s'enfuyant dans le désert vit un buisson ardent et Dieu lui parla. Moïse fut choisi par Dieu pour dénoncer le polythéisme égyptien et proclamer le Dieu des Hébreux comme le seul et unique. La confirmation de ce récit fut la découverte, dans une région appelée AMARNA du 14e AC, qui fut le centre d'une religion monothéiste par le Pharaon AKHENATON.

C'est la première manifestation connue du monothéisme. Sur une stèle du Pharaon s'inscrit un récit ressemblant au psaume n° 104 de la Bible.Mais après la mort d'AKHENATON, l'Egypte retourna au polythéisme ; le nom d'AKHENATON fut partout effacé et oublié.

En tant que prophète de Dieu, la première tâche de Moïse fut de demander à Pharaon de libérer les Hébreux. Selon la Bible, Moïse accueillit chacun des refus en envoyant une plaie sur l'Egypte, correspondant aux catastrophes naturelles de l'Egypte de l'époque, mais selon la Bible se produisant en même temps. La neuvième plaie fut l'obscurité pendant 3 jours, due peut-être à une éruption volcanique du Mont Santorin, à 800 kilomètres du delta du Nil.

Les restes de cette éruption furent trouvés, datant de cette époque. Le Professeur Christos DOUMAS, Directeur de cette recherche, constate que la cendre et les pierres évacuées furent d'une immense importance, ce fut l'une des plus grandes éruptions de ces 10.000 dernières années.

Le Professeur Hans GOEDICKE trouva des preuves que des restes attestent que l'Egypte fut touchée. L'impact a dû être effrayant, le ciel fut assombri, il y eut des pluies de cendres importantes. Une trace écrite de la catastrophe existe dans le temple de KARNAC, l'inscription date de 1538 AC.

Le récit biblique dit que Pharaon, impressionné, libéra les Hébreux. Lorsque les Hébreux entament leur fuite d'Egypte, Pharaon se ravise et envoie 600 chars à leur poursuite.

Mais l'éruption du volcan du Mont Santorin provoqua (et diverses études le prouvent) un raz de marée gigantesque jusqu'au delta du Nil. Il y eut d'abord un reflux des eaux de la Mer des Roseaux; ensuite un raz de marée gigantesque avec des vagues de 3 m de haut en moyenne, à 650 km heure, envahit le delta du Nil . Une étude sur une catastrophe identique, mais 300 fois moins importante a été faite en Crète, selon le Docteur MACDONALD de la British-School d'Archéologie d'Athènes qui étudie l'éruption du volcan Santorin à la fin des années 1940. D'ailleurs une inscription égyptienne en fait état " quand moi, Pharaon, j'ai laissé partir l'abomination du Dieu des immigrants, l'océan primitif est arrivé un jour de façon inattendue ".

Dans la Bible, après avoir quitté l'Egypte, les Hébreux séjournèrent dans le désert du Sinaï. Le 3ème mois, ils installèrent leur camp au pied de la montagne de Dieu. Trois jours après, Dieu appela Moïse au sommet de la montagne et lui donna les 10 Commandements. Moïse mit par écrit toutes les paroles du Seigneur, puis édifia au bas de la montagne un autel et 12 stèles, représentant les 12 tribus d'Israël.

L'emplacement de la montagne de Dieu a toujours été un mystère ; pour tout le monde chrétien, il s'agissait du Mont Sinaï, mais on n'y trouve aucune trace d'un campement supposé. Récemment une équipe d'archéologues a fouillé un mont à la frontière de l'Egypte et d'Israël, et son nom signifie Montagne de Dieu en Hébreu. Emmanuel ANATI, Archéologue italien, a découvert au pied de la montagne des vestiges de pierres concernant des habitations, datant environ de - 2000 AC. Au pied de la montagne, se trouve un lieu de culte de la même époque ainsi que 12 pierres levées.

Le plus extraordinaire, c'est une gravure de la même époque, gravée dans une roche, représentant peut-être l'image des Tables de la Loi, telles que souvent montrées dans les documents bibliques, soit un rectangle divisé en 10 cases surmonté de deux arrondis.

Le Professeur ANUTI conclut en remarquant que plus l'on fait de recherches et plus le récit biblique devient fiable.